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High Places Vs. Mankind de High Places

chronique d'album
Pourquoi chercher à fureter sur des territoires insoupçonnés lorsque celui exploré depuis l’origine paraît receler tous les mystères du monde ? Hein ? High Places a vite fait de dégainer l’évidente réplique sur son deuxième album. Oh, bien sûr, le titre avant-coureur On Giving Up, comme ses cousins de déhanchement The Longest Shadows et When It Comes, avec leur motricité de swingueur averti, hormonent un décoinçage que Sandy Feat étrennait de façon candide sur la compile inaugurale 03/07-09/07 (2008). Mais si High Places s’est infusé quelques lamelles de chair électro-organique supplémentaires, le couple n’a en rien déchiqueté sa silhouette élémentaire : des compositions aux atours irréels qui s’insinuent tel un gaz acide que rien ne peut alourdir.

Alors, le titre charnière, celui qui allie la légèreté séculaire et la nouvelle prise de corps, s’intitule Constant Winter. Une nappe électronique comme un halo hypnotique, les tambourinements qui cernent la parade, des riffs pour catalyser l’acide, la femme chantante en guise d’éclaireuse insaisissable, et tout qui s’empapaoute sous l’impulsion d’une vibration de basse autoritaire et d’une batterie redoublée. Ailleurs, le tribalisme tropical de la dame blanche Mary Pearson, qui vocalise toujours sur un fil d’or, et du sorcier rythmique Rob Barber, qui manie les souffles et entrechoque les battements d’os avec une minutie inouïe, s’instille avec une grâce fatale dans les moindres interstices de mélodies brûleuses d’attaches.

Du minimalisme amazonien de She’s A Wild Horse et The Most Beautiful Name à l’étonnante nimbe dream pop Canada, en passant par deux expérimentations mutiques et psychédéliques qui fument les éléments (l’eau et les textures aqueuses pour The Channon, la terre rouge et les sonorités granuleuses pour Drift Slayer). Tout en exilant définitivement ses créateurs sur leurs bases déracinées, High Places Vs. Mankind leur déblaie l’horizon et entrouvre des perspectives à l’instar de Devotion pour Beach House, autre doublette mixte à la trajectoire gentiment montante. On peut espérer le même cheminement pour High Places, celui d’un duo bien né, bâtard du Brooklyn animal et pupille d’une nation inconnue, qui s’épanouit à sa guise sous une lueur que lui seul peut réfléchir avec autant d’intensité orpheline.
Jean-François Le Puil
MAGIC RPM  #141


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