Le 12 août
dernier, un millier de manchots en vadrouille se sont échoués sur les côtes du
Brésil. Égarés de la route de leur migration annuelle, ils ont provoqué
l'étonnement de la communauté scientifique et la sympathie des baigneurs de la
célèbre plage d'Ipanema.
Il en va de même avec la surprise que suscitent les
pérégrinations de High Places, duo de Brooklyn aux rêves de bossa (Os)
mutante(s), préférant le chant des sirènes à celui des marins, qui le situe entre
un Black Dice pop ou des Chico Buarque et Ennio Morricone actuels. Le
tropicalisme nord-américain des colocataires Mary Pearson et Robert Barber est
aussi décalé que ses percussions sont liquides. Depuis un an, ces mélodies
flottantes non identifiées ne cessent d'émerveiller les heureux possesseurs des
45 tours parus et récemment compilés sur 03/07
– 09/07.
Sur cet éponyme premier Lp, High Places se joue encore des règles
du psychédélisme musical en adoucissant le contour de ses bruits, en rendant ce
lieu haut perché encore plus accessible et accueillant qu'il ne l'était sur les
premiers singles, en s'amusant des effets de réverbérations et de proximité de
leurs instruments, en illuminant ses expérimentations ludiques d'une joie
innocente et de mélodies savantes. Lorsque les caressants The Tree With The Lights In It, A
Field Guide ou Golden semblent en
premier lieu délicatement insensés (paroles ubuesques, rythmiques douces et
déconstruites), ces morceaux ne tardent pas à dévoiler un univers parfois incertain
et confus comme sur le déroutant Vision's
The First… (“Oh how very strange/We
cannot look away/And nothing you could say/Would ever make us go away”).
Dansants, lancinants et oniriques, ces dix titres constituent un album dont le
charme se poursuit après l'écoute, comme un philtre de dépaysement qui
bouleverse la conscience. On dit que certains lieux offerts par la nature,
qu'ils soient d'altitude ou bien plage d'Ipanema, élèvent l'esprit, la musique
de nos compagnons de voyage reproduit ce miracle en agissant comme un ascenseur
pour l'âme.