Les années passent, et,
lentement mais sûrement, Herman Dune fait sa mue. Pour leur deuxième album
enregistré sans André, David-Ivar et Néman ont pris leur temps, changé de
producteur et renforcé la formule en trio avec le bassiste Ben Pleng.
Enregistré à Portland, Strange Moosic
est un disque estival, parfait pour conduire. Revue des douze plages en détail. [Interview Franck Vergeade].
TELL ME SOMETHING I DON'T KNOW
Néman : Avec Next Year In Zion (2008), notre précédent LP, on était arrivé au bout de quelque chose. C’est pourquoi on a laissé passer autant de temps entre ces deux albums, une première dans la discographie d’Herman Dune. Nous avons aussi créé notre propre label, Strange Moosic. Ça faisait partie d’un besoin personnel et de la volonté de changer de rythme de vie. Cette pause était nécessaire pour ne pas retomber dans le systématisme d’un disque d’Herman Dune par an ou tous les deux ans. On a beaucoup réfléchi en amont pour cet album. En arrivant au studio, toutes les chansons étaient prêtes et répétées dans la formule en trio avec Ben Pleng. On ne voulait pas multiplier les intervenants, même s’il y a quelques apparitions amicales.
David-Ivar : Après Next Year In Zion, je considérais qu’on n’avait pas besoin d’enregistrer un nouvel album. J’étais content du parcours d’Herman Dune. Dix ans, c’est déjà beaucoup pour un groupe. J’ai donc pris mon temps, écrit pour moi, un peu pour Herman Dune. Aussi bien Néman que moi, on avait envie d’un nouveau départ et de retrouver une certaine fraîcheur, comme l’air de Portland où nous avons enregistré. En collaborant pour la première fois avec Adam Selzer, on était sûr de ne pas retomber dans nos habitudes de travail comme avec Richard Formby, avec qui nous avions enregistré nos trois derniers disques.
N : On avait rencontré Adam en ouvrant pour la tournée américaine de Jolie Holland, en 2008. Son groupe est originaire de Portland et la batteuse, Rachel Blumberg, n’est autre que la petite amie d’Adam.
DI : Ces dernières années, nous avons passé tellement de temps aux États-Unis qu’il nous était naturel d’enregistrer un album là-bas. Autrefois, on était très attaché à l’Angleterre, notamment à travers John Peel et au label Track & Field. Pendant ces trois années, j’ai aussi découvert l’importance des songbooks à travers ma petite amie qui apprend à jouer de la guitare. Sur un titre de Bob Dylan ou des Beatles, elle joue mieux bien que moi, qui essaie encore de retrouver les accords des chansons depuis dix ans. Alors, pour Strange Moosic, on a décidé de mettre les tablatures dans le livret, avec le bon capot. Pour revenir à Tell Me Something I Don't Know, on adore mettre le single en première position.
N : C’est une manière de rentrer directement dans le vif du sujet. Avec son introduction instrumentale, ce titre est idéal pour commencer un disque.
AH HEARS STRANGE MOOSIC
DI : Une chanson qui donne son titre à l’album et où Néman chante ! En studio, il a même endossé le rôle du chef d’orchestre des chœurs. La référence des deux “o” est tirée d’un comic book d’Al Capp, Li’l Abner. Dans ce livre, ce dessinateur célèbre des années 50 imite l’accent du sud des États-Unis, en écrivant “moosic” avec deux o. Cet auteur est aussi connu négativement pour avoir fait une interview très agressive de John & Yoko pendant leur bed-in de Montréal, en mai 1969. Ces dernières années, j’ai eu la chance que les gens s’intéressent à mes dessins, de pouvoir les exposer, et parallèlement, je réalise de plus en plus d’illustrations de mes chansons. Comme Néman et moi avons créé ce label Strange Moosic, nous tenions absolument à éditer un beau livre pour notre nouvel album. On a bossé pour que les couleurs ressortent comme la gouache originale.
N : C’est important de rentrer dans un disque à travers son univers visuel et graphique. Et j’ai la chance que David sache mieux dessiner que moi. (Sourire.)
BE A DOLL AND TAKE MY HEART
DI : Auparavant, on essayait de recréer en studio des chansons déjà rodées sur scène. Cette fois, on a fait exactement l’inverse, et un titre comme celui-ci aurait été inimaginable autrement. Car c’est un morceau qui rentre instantanément, avec un rythme rapide et un thème de guitare précis. Pas de place pour l’improvisation.
WHERE IS THE MAN?
DI : Certaines personnes reconnaîtront peut-être ce titre, déjà paru en 45 tours sur le label du Pop In dans une autre version, enregistrée avec Quentin Rollet, mais le tirage était confidentiel, limité à 500 exemplaires. C’est le genre de morceau qui est nouveau pour moi, avec une grille d’accords assez cool sur laquelle Ben n’aurait pas pu improviser. Et puis, comme dans chaque album d’Herman Dune, il y a un solo de guitare à la fin. J’adore le son du disque, Adam a réalisé un super boulot. Il est notamment réputé pour l’enregistrement de la batterie, comme sur le dernier album de M. Ward, Hold Time (2009). D’ailleurs, sur Never Had Nobody Like You, c’est lui-même qui était derrière les fûts. Ça faisait longtemps que je recherchais quelqu’un qui puisse retranscrire le son, à la fois subtil et prenant, de Néman. En rentrant du studio, lorsqu’on a écouté Where Is The Man? dans la voiture, on a été aussitôt enthousiasmé par le son de batterie. Pour la toute première fois, je joue du clavecin.
N : Adam a une manière de travailler qui correspond pleinement à la nôtre. Le disque a ainsi été enregistré live, et Adam privilégie le moment de la prise. Il sait que les premières versions, voire la première, sont souvent les meilleures. Il fonctionne vite et bien, il a su capter les bonnes prises. Et au moment du mixage, il privilégie l’essentiel aux détails.
DI : Moi, j’ai horreur d’enregistrer ma voix seul dans la cabine. J’aime chanter live, en studio comme sur scène.
LAY YOUR HEAD ON MY CHEST
N : On a enregistré une bonne vingtaine de morceaux, et sans forcément enlever les moins bons, on a essayé de trouver une cohérence globale avec ces douze titres. On adore les albums qu’on a envie de remettre sitôt qu’ils sont finis.
DI : C’est toujours difficile de se dire qu’on ne fait pas un album pour soi. Pendant tout le processus de création et d’enregistrement, nous jouons pour nous-mêmes, mais une fois que le disque est fini et sort dans les bacs, ce n’est pas moi qui vais l’écouter. (Sourire.) Personnellement, j’aime les albums courts. L’équation idéale, c’est dix chansons de trois minutes. Lay Your Head On My Chest est un des premiers morceaux que j’ai écrit pour Strange Moosic. La version démo était très différente du résultat final, elle se rapprochait davantage de la country music. En la jouant avec Néman, qui a trouvé un rythme beaucoup plus pop, j’avais l’impression de faire une reprise de mon propre morceau. J’aime cette énergie créée sur l’instant.
N : Rythmiquement, c’est la patte Herman Dune. Il y a toujours un morceau pareil sur nos albums, que ce soit Try To Think About Me sur Next Year In Zion (2008), I Wish I Could See You Soon sur Giant (2006), Not On Top sur Not On Top (2005) ou Show Me The Roof sur Mas Cambios (2002). Ce sont des chansons toutes simples, qui fonctionnent de la même manière.
(via Guardian)
TELL ME SOMETHING I DON'T KNOW
Néman : Avec Next Year In Zion (2008), notre précédent LP, on était arrivé au bout de quelque chose. C’est pourquoi on a laissé passer autant de temps entre ces deux albums, une première dans la discographie d’Herman Dune. Nous avons aussi créé notre propre label, Strange Moosic. Ça faisait partie d’un besoin personnel et de la volonté de changer de rythme de vie. Cette pause était nécessaire pour ne pas retomber dans le systématisme d’un disque d’Herman Dune par an ou tous les deux ans. On a beaucoup réfléchi en amont pour cet album. En arrivant au studio, toutes les chansons étaient prêtes et répétées dans la formule en trio avec Ben Pleng. On ne voulait pas multiplier les intervenants, même s’il y a quelques apparitions amicales.
David-Ivar : Après Next Year In Zion, je considérais qu’on n’avait pas besoin d’enregistrer un nouvel album. J’étais content du parcours d’Herman Dune. Dix ans, c’est déjà beaucoup pour un groupe. J’ai donc pris mon temps, écrit pour moi, un peu pour Herman Dune. Aussi bien Néman que moi, on avait envie d’un nouveau départ et de retrouver une certaine fraîcheur, comme l’air de Portland où nous avons enregistré. En collaborant pour la première fois avec Adam Selzer, on était sûr de ne pas retomber dans nos habitudes de travail comme avec Richard Formby, avec qui nous avions enregistré nos trois derniers disques.
N : On avait rencontré Adam en ouvrant pour la tournée américaine de Jolie Holland, en 2008. Son groupe est originaire de Portland et la batteuse, Rachel Blumberg, n’est autre que la petite amie d’Adam.
DI : Ces dernières années, nous avons passé tellement de temps aux États-Unis qu’il nous était naturel d’enregistrer un album là-bas. Autrefois, on était très attaché à l’Angleterre, notamment à travers John Peel et au label Track & Field. Pendant ces trois années, j’ai aussi découvert l’importance des songbooks à travers ma petite amie qui apprend à jouer de la guitare. Sur un titre de Bob Dylan ou des Beatles, elle joue mieux bien que moi, qui essaie encore de retrouver les accords des chansons depuis dix ans. Alors, pour Strange Moosic, on a décidé de mettre les tablatures dans le livret, avec le bon capot. Pour revenir à Tell Me Something I Don't Know, on adore mettre le single en première position.
N : C’est une manière de rentrer directement dans le vif du sujet. Avec son introduction instrumentale, ce titre est idéal pour commencer un disque.
AH HEARS STRANGE MOOSIC
DI : Une chanson qui donne son titre à l’album et où Néman chante ! En studio, il a même endossé le rôle du chef d’orchestre des chœurs. La référence des deux “o” est tirée d’un comic book d’Al Capp, Li’l Abner. Dans ce livre, ce dessinateur célèbre des années 50 imite l’accent du sud des États-Unis, en écrivant “moosic” avec deux o. Cet auteur est aussi connu négativement pour avoir fait une interview très agressive de John & Yoko pendant leur bed-in de Montréal, en mai 1969. Ces dernières années, j’ai eu la chance que les gens s’intéressent à mes dessins, de pouvoir les exposer, et parallèlement, je réalise de plus en plus d’illustrations de mes chansons. Comme Néman et moi avons créé ce label Strange Moosic, nous tenions absolument à éditer un beau livre pour notre nouvel album. On a bossé pour que les couleurs ressortent comme la gouache originale.
N : C’est important de rentrer dans un disque à travers son univers visuel et graphique. Et j’ai la chance que David sache mieux dessiner que moi. (Sourire.)
BE A DOLL AND TAKE MY HEART
DI : Auparavant, on essayait de recréer en studio des chansons déjà rodées sur scène. Cette fois, on a fait exactement l’inverse, et un titre comme celui-ci aurait été inimaginable autrement. Car c’est un morceau qui rentre instantanément, avec un rythme rapide et un thème de guitare précis. Pas de place pour l’improvisation.
WHERE IS THE MAN?
DI : Certaines personnes reconnaîtront peut-être ce titre, déjà paru en 45 tours sur le label du Pop In dans une autre version, enregistrée avec Quentin Rollet, mais le tirage était confidentiel, limité à 500 exemplaires. C’est le genre de morceau qui est nouveau pour moi, avec une grille d’accords assez cool sur laquelle Ben n’aurait pas pu improviser. Et puis, comme dans chaque album d’Herman Dune, il y a un solo de guitare à la fin. J’adore le son du disque, Adam a réalisé un super boulot. Il est notamment réputé pour l’enregistrement de la batterie, comme sur le dernier album de M. Ward, Hold Time (2009). D’ailleurs, sur Never Had Nobody Like You, c’est lui-même qui était derrière les fûts. Ça faisait longtemps que je recherchais quelqu’un qui puisse retranscrire le son, à la fois subtil et prenant, de Néman. En rentrant du studio, lorsqu’on a écouté Where Is The Man? dans la voiture, on a été aussitôt enthousiasmé par le son de batterie. Pour la toute première fois, je joue du clavecin.
N : Adam a une manière de travailler qui correspond pleinement à la nôtre. Le disque a ainsi été enregistré live, et Adam privilégie le moment de la prise. Il sait que les premières versions, voire la première, sont souvent les meilleures. Il fonctionne vite et bien, il a su capter les bonnes prises. Et au moment du mixage, il privilégie l’essentiel aux détails.
DI : Moi, j’ai horreur d’enregistrer ma voix seul dans la cabine. J’aime chanter live, en studio comme sur scène.
LAY YOUR HEAD ON MY CHEST
N : On a enregistré une bonne vingtaine de morceaux, et sans forcément enlever les moins bons, on a essayé de trouver une cohérence globale avec ces douze titres. On adore les albums qu’on a envie de remettre sitôt qu’ils sont finis.
DI : C’est toujours difficile de se dire qu’on ne fait pas un album pour soi. Pendant tout le processus de création et d’enregistrement, nous jouons pour nous-mêmes, mais une fois que le disque est fini et sort dans les bacs, ce n’est pas moi qui vais l’écouter. (Sourire.) Personnellement, j’aime les albums courts. L’équation idéale, c’est dix chansons de trois minutes. Lay Your Head On My Chest est un des premiers morceaux que j’ai écrit pour Strange Moosic. La version démo était très différente du résultat final, elle se rapprochait davantage de la country music. En la jouant avec Néman, qui a trouvé un rythme beaucoup plus pop, j’avais l’impression de faire une reprise de mon propre morceau. J’aime cette énergie créée sur l’instant.
N : Rythmiquement, c’est la patte Herman Dune. Il y a toujours un morceau pareil sur nos albums, que ce soit Try To Think About Me sur Next Year In Zion (2008), I Wish I Could See You Soon sur Giant (2006), Not On Top sur Not On Top (2005) ou Show Me The Roof sur Mas Cambios (2002). Ce sont des chansons toutes simples, qui fonctionnent de la même manière.
(via Guardian)