L’année
prochaine, si tout va bien. Et tout ira bien. Après quelques secousses, Herman
Dune s’est ressaisi. Muni de sa paire de petits tambours, le percussionniste
Lori Schönberg (Berg Sans Nipple) donne ainsi toute la mesure de son jeu sur
plusieurs passages de ce nouvel album, le huitième depuis l’inaugural Turn Off The Light (2000). Auprès de
David-Ivar et de Neman, il occuperait presque le poste laissé vacant du
troisième homme au sein d’un groupe prêt à être rebaptisé Incredible Bongo
Band. D’entrée de jeu, My Home Is Nowhere
Without You est parcouru par cette rythmique typique du bruiteur inventif.
Supporté par une clarinette un rien klezmer, il entrechoque ses deux moitiés de
noix de coco pour parfaire le trot un peu paresseux du cheval : Herman
Dune sait où il va, à son rythme et selon ses moyens. Il assume la netteté de
la production de Giant (2006) pour la
réemployer à tel point qu’elle en paraîtra naturelle même aux fans de la
première heure, quelque peu dubitatifs depuis la crise de croissance du groupe.
Mieux encore, la tendance volubile de David-Ivar et son goût d’un anglais
absolument audible, presque théâtral et sécable phonème par phonème,
fournissent aujourd’hui la matière d’une poignée de tubes (oui, des tubes) en
lieu et place d’une logorrhée dédiée uniquement à la confession. On sent bien
que deux, trois choses ne sont pas tout à fait réglées et le désormais leader,
parfois seul dans sa chanson (Someone
Knows Better Than Me), s’apostrophe lui-même. Mais cette fois, il fait de
ce “hey, David” un gimmick redoutable
et efficace plutôt qu’un simple tic nombriliste. D’ailleurs, il a beau parler
de lui, il pense souvent à quelqu’un d’autre (When We Were Still Friends et ses chœurs féminins qui lui intiment
de rendre hommage au phrasé posé de l’aîné… Leonard Cohen). On ne sait pas
toujours à qui il pense justement, comme on ne sait pas si, pour cette
formation voyageuse (tout sauf des Herman’s Hermits), Zion désigne le parc
national de l’Utah ou la célèbre colline de Jérusalem, pas plus qu’on ne sait
si les trompettes mariachi – balises régulières propices à accompagner la flûte
de Gheorghe Zamfir sur la scie The Lonely
Shepherd – sonnent un enterrement. On ignore également si Herman Dune,
d’humeur franchement calypso, souhaite tout simplement faire la nique à Vampire
Weekend – ce dont il serait bien capable. On verra donc l’année prochaine,
selon qu’on croise Herman Dune du côté de Guayaquil, de Zion, de Williamsburg
ou de Saint-Ouen.