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La volte-face est tourneboulante, à vous mettre cul par-dessus tête. Si Snowbeast (2007), son deuxième album paru sous son propre nom, avait déjà renversé le folk antique de l’inaugural Hold A Match For A Gasoline World (2005) par ses cabrioles vocales, ses bizarreries électroniques, et ses ambiances détachées du temps, esquissant ainsi la singularité du bonhomme, ce premier essai de Luke Temple sous le patronyme Here We Go Magic réinvente encore son lexique sonore.

Dès l’ouverture, Only Pieces incite à faire des phrases aussi longues que la précédente, avec son gimmick de jungle clignotant, sa rythmique tribale qui vend la mèche, et son chant incantatoire fiancé à des accords filiformes qui gravissent peu à peu des monts africanders rarement arpentés. Comme si les Kasai Allstars de Kinshasa échangeaient pendant quatre minutes leurs chanteurs traditionnels contre un Paul Simon rabâcheur. La mélodie étrangère Fangela, insaisissable de légèreté car guidée aux quatre vents par des claviers antiques et une acoustique délestée de toute lourdeur humaine, confirme la mue déracinée. Avec ses inflexions redondantes, la voix féminine de Temple, toujours essentielle mais désormais en retrait, n’agit plus comme le phare mais plutôt comme la brume, drapant ces pièces évolutives d’un halo ailé. Ahab accoste  ensuite les rives krautrock de l’épopée, avec son groove qui gobe la pilule et sa langueur en écho.

Des froufrous teutons qui engluent les drones mutiques Ghost List, Babyohbaby et Nat’s Alien. Si Fuck Buttons ou Oneida auraient aimé passer l’une de ces trois épreuves circulaires lors de l’examen d’Allemand, on préférera détourner la Vuh de Popol pour écarquiller les yeux face aux chantés Tunnelvision et Everything’s Big. Le premier est un tube buté, une merveille de stagnation qui s’accapare  les esprits à force de frappes rythmiques qui radotent, de pincements de cordes addictifs, et de nappes vocales qui se multiplient à mesure que la sorcellerie agit.

Le deuxième est une apothéose plus classique, le seul titre à accueillir d’autres musiciens qui, avec leur piano de récréation et leur lyrisme de poche, soulèvent une mélodie heureuse de toiser les dernières découvertes hors d’âge de Department Of Eagles. Mais foin de comparaisons à l’heure où, grâce à son nouveau véhicule spatio-temporel, Luke Temple envahit un pan de territoire sonore au beau milieu duquel il doit se sentir bien seul. Rarement apatride aura paru aussi heureux de son sort.
Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #129


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kidsarereeborn - 10/07/2010 09:45
très bon la blague "détourner la vuh de popol"