Antony Hegarty ne tient pas sa langue dans sa poche. Après moult
associations – de Lou Reed à Joan As Police Woman en passant par sa clique
d’amis hippies (Devendra Banhart, Cocorosie et tous ces gens à qui l’on ne
souhaitera jamais assez de choper la chtouille) –, l’étrange créature fait une
nouvelle fois faux bond à ses Johnsons en prêtant sa voix au projet initié par
le Dj new-yorkais Andrew Butler, Hercules And Love Affair. Le résultat est un
péplum discoïde baroque et futuriste au milieu duquel le clubbeur antique se
déhanche autant pour exciter la donzelle que pour sécher ses larmes. Débutant
avec la même vigueur tubesque que ce bon vieux Born To Be Alive ou n’importe
quelle giclée de Cerrone (ligne de basse imparable, beats au diapason et
cliquetis synthétiques à la K2000), Blind s’élance ensuite vers des cimes
improbables grâce au chant poignant d’Antony, qui chevrote comme on perd la vie
et propage une aura douloureuse propre à humaniser ses rythmes disco. C’est bien
simple : même la poissonnière du dancefloor Cathy Guetta en perdrait son
assurance de vendeuse H&M. Des remixes plus ou moins
house-acid-dark-lounge-ambient (les spécialistes peuvent entourer la bonne
réponse) de Frankie Knuckles et Serge Santiago viennent faire le nombre pour ce
single annonciateur d’un album hédoniste et suranné qui dérogera pourtant aux
célèbres douze travaux de son héros d’inspirateur (oui, il n’y aura que dix
chansons sur l’album). En attendant, on ne se lassera pas d’écouter Blind et
d’imaginer l’androgyne chanteur bourlinguer de ville en ville : Antony Goes To
Hollywood, avec un détour par Athènes et ses tragédies.