Une incongruité pour le XXIe
siècle, une époque où les labels n’existent pour ainsi dire plus, où les
groupes considérés comme cool puisent leur inspiration dans les tréfonds du rock
progressif et où les gamins rêvent de devenir des héros de jeux vidéo. Tel est
Hatcham Social, une bande de jeunes qui parlent aux (plus ou moins) vieux, sans
même pouvoir être accusés d’être nostalgiques. Car la fratrie Kidd – Finn, le
batteur, Tobby, le guitariste et chanteur –, l’acolyte bassiste Dave Fineberg
et leur nouveau copain de jeux (interdits) Jerome Watson usaient leur fond de
culottes sur les bancs de l’école primaire (Primal ?) quand certains de leurs
thuriféraires (Alan McGee en tête) écrivaient certaines des plus jolies pages
de ce qu’on qualifiait jadis de scène indie – indie pour indépendante.
En réalité, ces jeunes gens doivent être tombés par mégarde dans une faille spatio-temporelle et vivent, depuis 2006, dans un pays des merveilles qu’ils sont (presque) les seuls à habiter. Un pays où les musiciens ont encore une attitude, un sens de l’histoire, une volonté de reprendre un flambeau. Ont envie de croire que l’amateurisme peut faire œuvre de vertu. Alors oui, Hatcham Social est aujourd’hui un groupe important. Un secret que l’on a envie de partager parce qu’il ressemble, sans jamais sombrer dans la vulgaire caricature, à celui qui provoqua les premiers émois. Et quitte à choisir une madeleine de Proust, autant prendre ces jouvenceaux virginaux plutôt que de tomber en pâmoison devant le retour inespéré de nombre de formations de l’époque qui flirtent désormais avec le pathétique (les TV Personalities en putain de tête de peloton). En onze compositions et à peine plus de trente minutes (la perfection, quoi), ces gamins revisitent donc une époque où la pop (le rock, même, si vous trouvez le terme plus hip) britannique jonglait armée d’une belle agilité avec le passé, le présent et le futur.
Où les mots Velvet et Underground n’avaient pas été galvaudés, où Pet Sounds (1996) n’avait pas été réédité dix mille fois (en son digital machin chouette), où Bob Dylan était considéré à juste titre comme un vieux crouton ringard malgré ses faits de gloire passés. Où il suffisait de deux guitares, d’une basse, d’une batterie (et de quelques touches de claviers) pour donner naissance à des chansons suintant l’urgence et l’excitation. Une époque où les disques servaient aussi de passeport pour mieux découvrir d’autres artistes, d’autres mondes – littéraires, cinématographiques. Alors, oui (bis), You Dig The Tunnel, I'll Hide The Soil est un anachronisme, mais un anachronisme revigorant. Un disque fait de morceaux en équilibre précaire, sur lesquels planent, entre autres, les ombres d’Echo & The Bunnymen (impossible que le titre d’ouverture, Crocodile, ait été choisi par hasard), d’Orange Juice (le nouveau single virevoltant Murder In The Park) ou du Primal Scream originel (la toujours voluptueuse Penelope (Under My Hat)). Mais ce n’est pas uniquement pour ces “citations” proches de la perfection que ce premier album trouble.
C’est surtout pour la capacité de ses auteurs à insuffler passion et arrogance sur fond de guitares délicatement distordues et de rythmiques concassées, à l’instar du passionné Hypnotise Terrible Eyes. Entre psychédélisme revisité par (certes, encore) Will Sergeant (I Cannot Cure My Pure Evil) et audace romanesque (l’adaptation du poème de Lewis Carroll, Jabberwocky, sous forme de litanie hypnotique), Hatcham Social se prend pour Superman (synthé lancinant, larsen distant) et se contorsionne (basse élastique, accords spasmodiques) le temps d’un final éblouissant nommé Give Me The Gift. Mais quoi de plus normal, après tout : c’est toujours au bout du Tunnel qu’on entrevoit la lumière.
En réalité, ces jeunes gens doivent être tombés par mégarde dans une faille spatio-temporelle et vivent, depuis 2006, dans un pays des merveilles qu’ils sont (presque) les seuls à habiter. Un pays où les musiciens ont encore une attitude, un sens de l’histoire, une volonté de reprendre un flambeau. Ont envie de croire que l’amateurisme peut faire œuvre de vertu. Alors oui, Hatcham Social est aujourd’hui un groupe important. Un secret que l’on a envie de partager parce qu’il ressemble, sans jamais sombrer dans la vulgaire caricature, à celui qui provoqua les premiers émois. Et quitte à choisir une madeleine de Proust, autant prendre ces jouvenceaux virginaux plutôt que de tomber en pâmoison devant le retour inespéré de nombre de formations de l’époque qui flirtent désormais avec le pathétique (les TV Personalities en putain de tête de peloton). En onze compositions et à peine plus de trente minutes (la perfection, quoi), ces gamins revisitent donc une époque où la pop (le rock, même, si vous trouvez le terme plus hip) britannique jonglait armée d’une belle agilité avec le passé, le présent et le futur.
Où les mots Velvet et Underground n’avaient pas été galvaudés, où Pet Sounds (1996) n’avait pas été réédité dix mille fois (en son digital machin chouette), où Bob Dylan était considéré à juste titre comme un vieux crouton ringard malgré ses faits de gloire passés. Où il suffisait de deux guitares, d’une basse, d’une batterie (et de quelques touches de claviers) pour donner naissance à des chansons suintant l’urgence et l’excitation. Une époque où les disques servaient aussi de passeport pour mieux découvrir d’autres artistes, d’autres mondes – littéraires, cinématographiques. Alors, oui (bis), You Dig The Tunnel, I'll Hide The Soil est un anachronisme, mais un anachronisme revigorant. Un disque fait de morceaux en équilibre précaire, sur lesquels planent, entre autres, les ombres d’Echo & The Bunnymen (impossible que le titre d’ouverture, Crocodile, ait été choisi par hasard), d’Orange Juice (le nouveau single virevoltant Murder In The Park) ou du Primal Scream originel (la toujours voluptueuse Penelope (Under My Hat)). Mais ce n’est pas uniquement pour ces “citations” proches de la perfection que ce premier album trouble.
C’est surtout pour la capacité de ses auteurs à insuffler passion et arrogance sur fond de guitares délicatement distordues et de rythmiques concassées, à l’instar du passionné Hypnotise Terrible Eyes. Entre psychédélisme revisité par (certes, encore) Will Sergeant (I Cannot Cure My Pure Evil) et audace romanesque (l’adaptation du poème de Lewis Carroll, Jabberwocky, sous forme de litanie hypnotique), Hatcham Social se prend pour Superman (synthé lancinant, larsen distant) et se contorsionne (basse élastique, accords spasmodiques) le temps d’un final éblouissant nommé Give Me The Gift. Mais quoi de plus normal, après tout : c’est toujours au bout du Tunnel qu’on entrevoit la lumière.