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Larger Than Live de Gun Club

chronique d'album

Fils spirituel du légendaire bluesman Robert Johnson, Jim Morrison country punk sensible aux charmes de Poison Ivy Rorschach des Cramps, président du fan-club officiel de Blondie et seul concurrent plausible aux ineffables Nick Cave et Gordon Gano... Les formules ne manquent pas pour épingler le Californien Jeffrey Lee Pierce au mur de la postérité. Il faut avouer qu'avec sa gueule de Marlon Brando bardé de gris-gris, sa voix d'écorché vif et ses compositions possédées, l’homme a toujours œuvré en totale démesure. Au point de rejoindre prématurément ses héros en enfer, la dernière nuit de mars 1996, à seulement trente-sept ans. Et si ses deux premiers albums à la tête du Gun Club, Fire Of Love (1981) et Miami (1982), sont à juste titre devenus objets de culte, la publication d'un énième album live s'imposait-elle pour autant ? Une seule écoute des démoniaques relectures de Bad Indian, Devil In The Woods et Fire Spirit ici proposées (et toutes absentes d’Ahmed's Wild Dream, autre live datant également de 1992) suffit à répondre par l'affirmative. Pour avoir vu le groupe en action à cette époque, on imagine les difficultés rencontrées pour immortaliser sur disque pareille danse de Sabbat : c'est désormais chose faite avec ce Larger Than Live! à l’impeccable qualité sonore, auquel il ne manque que l'image pour prétendre au document de référence sur l’ultime incarnation du Gun Club. Il faut dire que depuis l'inaugural Sex Beat, la bête de scène Ramblin' Jeffrey s'est muée en instrumentiste virtuose dont les soli à la Stratocaster, s'ils manquent franchement de concision, ébahissent par l'énergie déployée (Goodbye Johnny, Yellow Eyes). Sous influence de l'enfant-vaudou Hendrix, le répertoire psychobilly originel (She's Like Heroin To Me, Jack On Fire) s'embrase littéralement sur scène, attisée par l'icône gothique Romoi à la basse, Simon Fish à la batterie et Kid Congo Powers au sommet de son art à la guitare slide. Membre fondateur du Gun Club qu'il déserta avant l'enregistrement du premier album pour rejoindre les Cramps, on s'amusera de voir ce dernier se livrer ici à des débauches instrumentales habituellement réservé à Blixa Bargeld au sein des... Bad Seeds ! Et si ces trois groupes séminaux semblent avoir marqué de façon durable des formations comme Passion Fodder et Sixteen Horsepower, on ne peut que constater que le Gun Club reste le seul à ne s'être jamais parodié. Et quand Pierce chante les “feux de l'amour” qui le rongent, il ne viendrait à l'idée de personne de l'associer au soap-opera lénifiant qui souffle cette année ses trente-quatre bougies, soit l'âge de notre héros au moment de l'enregistrement de ce concert. Les artistes capables d'interpréter leur trouble avec une telle ardeur se comptant sur les doigts d'une main, on ne remerciera jamais assez Last Call de rendre vie au Gun Club, quatre-vingt minutes durant.

Renaud Paulik
MAGIC RPM  #119


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