Nouveaux princes de la pop inventive et racée s'apprêtant à traverser la Manche coiffés d'une couronne de lauriers tressée par une presse britannique dithyrambique, les Guillemots ne devraient pas tarder à susciter dans nos contrées le même type de controverse et de sentiments contrastés que The Arcade Fire en 2005. Incontestablement, ce quatuor hétéroclite et multinational (un chanteur anglais, un guitariste brésilien, un bassiste canadien et un percussionniste écossais) ayant élu domicile en Angleterre fait preuve ici d'un esprit d'aventure et d'un rejet du cloisonnement imposé par les frontières traditionnelles des styles stéréotypés que tous les amateurs d'une pop ambitieuse et dépoussiérée ne peuvent que saluer. Tentant de mêler, dans un grand élan de syncrétisme progressif, les canons de l'écriture pop façon Brill Building, le sens de l'improvisation hérité du jazz et l'enrobage luxueux des arrangements classiques (ce n'est sans doute pas un hasard si Through The Windowpane a été enregistré dans le studio de George Martin), Fyfe Dangerfield et ses compagnons parviennent plusieurs fois à nous convaincre de leur potentiel d'apprentis alchimistes, le temps de quelques morceaux dont la plupart étaient déjà présents sur From The Cliffs, mini-album introductif paru au printemps. Il n'en demeure pas moins que, sur la longueur de ce premier album, on a bien du mal à dissiper sentiment croissant d'agacement provoqué ce maniérisme un peu pompier, cette façon parfois trop appuyée de vouloir balancer de la poudre aux oreilles en privilégiant la forme au détriment du fond et par une voix dont les chevrotements finissent par irriter. Authentiques génies du songwriting ou usurpateurs bien déguisés ? On attendra de verser quelques pièces supplémentaires au dossier avant de balancer Guillemots Through The Windowpane.