Depuis quelques années, Robert Pollard s'embourgeoise un peu. Resté seul maître à bord après le départ de Tobin Sprout, il tente de faire passer Guided By Voices du fond du garage, où le groupe rouillait depuis plus de quinze ans, au milieu de la route. Isolation Drill confirme ainsi le virage en épingle amorcé par Do The Collapse. Guided By Voices n'est plus ce symbole inaltérable du bricolage bancal et de la musique d'arrière-cuisine, cette équipe de McGyver de la lo-fi réalisant leurs albums avec un vieux magnéto, deux mégots, un bout de fil en cuivre et un peu de chewing-gum. Retenant les leçons délivrées par Rick Ocasek sur le précédent album, Pollard poursuit la trace d'une power pop efficace, qui tient tout autant des Rubinoos que de Sentridoh. Mais il aura beau faire, une chose ne changera jamais : un disque de Guided By Voices reste toujours un bazar infernal où les titres trop nombreux (seize ici) commencent et finissent sans raison pour un résultat à mi-chemin du chef-d'oeuvre et du tas de boue. Ce charme-là n'a donc pas disparu et l'on se satisfera en l'occurrence de pouvoir extraire les quelques titres sublimes qui justifient une certaine fidélité au groupe : Chasing Heather Crazy et, surtout, Glad Girls, aussi crétinement jouissif qu'un inédit de Cheap Trick. Guided By Voices reste, au final, un groupe curieux, exemple rare d'une oeuvre infiniment plus attachante que la somme de ses parties.