On imagine que quand Gruff Rhys décide de sortir un premier album solo aussi minimaliste, il veut s'épargner le chaos relatif à toute réalisation des Super Furry Animals qui ont coutume d'inscrire leurs idées sur un tableau pour explorer chaque possibilité... Mais la réalité de sa genèse est bien différente. Lors de son séjour annuel chez le producteur fidèle du groupe, Gorwel Owen, Gruff en a profité pour enregistrer quelques titres dans sa langue natale, à la va-vite et sans vraiment de moyens. On tient déjà l'explication de l'aspect dénudé de l'histoire, amené par des instruments de substitution, gamme Bontempi ou petit format (harmonica, flûtiau, etc.). Difficile de savoir en revanche comment ces morceaux, parfois attachants, souvent ratés, n'en sont pas restés au stade de démos des SFA. À l'instar des travaux de Steve Mason sous le nom de King Biscuit Time, ils en ont l'odeur, la couleur, mais certainement pas la saveur. Cela aurait pu être une bonne nouvelle si le résultat n'avait pas été infinitésimalement moins excitant. Yr Atal Genhedlaeth n'en détient ni le tonus, ni la force à la fois mélodique et expérimentale. Certes, il y a toujours cette voix incroyable, chaude et éraillée. On décèle aussi quelques coups d'éclat, ce cotonneux et ludique Pwdin Wy 1 (ou la face cachée des Hidden Cameras), ainsi que sa suite, Pwdin Wy 2, une très jolie ballade country. Nulle surprise quant à la présence du disque sur l'écurie Rough Trade tant il possède ce côté à la fois rêche et ludique qu'affectionne Geoff Travis en ce moment ou sinon pourquoi aurait-il récupéré The Unicorns ? Mais passé l'amusement d'une intro à la Spector en mode lo-fi, une contradiction en soi, ou le délice de mots tels que "genhedlaeth", "pwdin" ou "caerffosiaeth", l'ennui gagne vite du terrain. Un terrain bien trop lisse pour l'homme qui a cosigné quelques classiques du XX et du XXI siècle.