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En insérant pour la première fois Candylion dans la platine, on ne peut s'empêcher de se remémorer un vieil adage pop : fan échaudé craint l'album solo ! On a trop souvent été déçu par les digressions personnelles des musiciens d'élite, par ces side-projects à côté de la plaque, par toutes ces parenthèses ouvertes pour de mauvaises raisons (l'ennui, l'orgueil, une grosse poussée d'ego) dans la discographie des groupes majeurs pour ne pas éprouver une certaine méfiance. En effet, s'il existe bien peu points communs entre les sciences exactes et l'art approximatif de la composition, il n'en demeure pas moins que dans ces deux domaines, le tout reste généralement supérieur à la somme des parties. Un principe qui s'appliquait jusqu'à présent aux Super Furry Animals comme à tant d'autres : ni Daf Ieuan (batteur) avec The Peth, ni Cian Ciaran (claviériste) avec Acid Casuals ne nous avaient convaincus de la nécessité de leurs errements extraconjugaux. Quant aux premiers efforts de Gruff Rhys, chanteur en chef des poilus Gallois, ils n'étaient pas totalement parvenus à nous persuader du bien fondé d'une escapade en marge des contraintes parfois si saines de la démocratie participative : "Puisque les autres ne comprennent rien à mon talent et qu'ils refusent d'enregistrer mes nouveaux morceaux dissonants de quinze minutes en Gallois, je vais les publier tout seul !" Et pourtant, dès les premières mesures de This Is Just The Beginning, brève entrée en fanfare dans le monde enchanté de Candylion, toutes ces préventions s'écroulent, dynamitées par l'évidence acidulée de ce gros bonbon addictif. Alors même que SFA met la dernière main à un album qui s'annonce plus tarabiscoté que le précédent (Love Craft, 2005) et que les Gallois renouent sur scène avec leurs penchants les plus bruitistes et chaotiques, leur leader présente ici une collection d'hiver immédiatement séduisante, sans l'ombre d'un laisser-aller ou d'une auto-indulgence coupables. Les arrangements de cordes signés Sean O'Hagan n'y sont pas pour rien : tout ici respire la maîtrise et le sens du détail, sans jamais renoncer à ébouriffer l'auditeur. Bref, bien plus qu'avec Yr Atal Genhedlaeth (2005), on a l'impression d'avoir affaire à un véritable produit fini plutôt qu'à un brouillon vite achevé entre deux séances de travail collectif. Avec ce sens inné de la coolitude absolue après laquelle s'efforceront toujours de courir les petits marquis de la pop britannique, Rhys attire les contraires (le charme innocent des comptines et la violence absurde du monde contemporain ; la délicatesse acoustique des trames de guitares et la rigidité trépidante des scansions rythmiques electro) pour mieux les faire mariner dans un grand bain de folk psychédélique. Enregistré entre l'île d'Anglesey et les faubourgs de Rio, l'album tout entier ressort profondément imprégné de ce grand écart géographique, célébrant tour à tour les vertus toute britannique de l'archéologie médiévale (The Court Of King Arthur) et les audaces du tropicalisme le plus farfelu à la Os Mutantes. Dans ce paradis exotique et polyglotte, où l'on imagine Kevin Ayers se lancer sans crier gare dans une samba endiablée (Cycle Of Violence), les langues s'entremêlent en un gigantesque roulage de pelle cosmique : espagnol de cuisine sur Con Carino, gallois sur Gyrru Gyrru Gyrru (comme Gruff, prononcez "Guili, Guili, Guili" pour mieux vous laisser chatouiller). Cette lente montée vers l'Eden psyché pop s'achève dans une explosion finale intitulée Skylon, autofiction terroriste de treize minutes qui lance Donovan sur les traces aéronautiques d'Al Qaeda. Passée cette première apothéose, toute les peurs initiales étant désormais dissipées, on se hâtera donc de redéguster Candylion sans modération. Pour mieux rugir de plaisir...
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #108


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