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À ce qu'il paraît, du côté de la Grosse Pomme, on commencerait à prendre ombrage de voir qu'à l'image d'Animal Collective, un autre fleuron de la passionnante frange du folk moderne indigène soit, lui aussi, parti signer en Angleterre. Edward Droste (chant, guitare) et Chistopher Bear (batterie), les mentors de Grizzly Bear, effectuent le plus parfait des atterrissages sur la pente douce du label britannique Warp, accompagnés dorénavant de deux nouveaux membres à part entière, Chris Taylor (électronique, basse et instruments à vent) et Daniel Rossen (chant, guitare). Certains auraient pu craindre que ce changement d'adresse discographique dénature quelque peu la candeur et spontanéité qui se dégageaient de leur musique. Ce n'est pas le cas. On retrouve dans ce Yellow House tout ce qui avait déjà tant séduit dans Horn Of Plenty (paru en début d'année chez Asphalt Duchess) : perfection et minutie des arrangements, micro-salves d'électronique et décalages inhabituels, avec toujours en filigrane l'affection que portent les New-Yorkais pour les classiques et standards du genre, les albums solo de David Crosby, Graham Nash et ceux de feu Syd Barrett pour les années 70 et, hum, les premiers Ep's de The Beta Band. Faire pencher la balance en faveur d'une ou plusieurs des dix chansons qui composent cet homogène et resplendissant recueil serait inéquitable. Mais s'il fallait absolument en nommer une, pour les frissons qu'elle procure, ce serait définitivement la valse lente et cuivrée, intitulée Marla. Rassuré, on constate que la perceptible et nouvelle présence de moyens n'aura eu pour effet que de doter le son de Grizzly Bear d'un peu plus de souffle, de rondeur et surtout de magnifier la beauté de compositions, qui, comme sous un microscope, révèlent des contours encore plus fins et détaillés. Le mariage est heureux. Souhaitons-lui de célébrer, un jour, des noces de kryptonite.

Marc Gourdon
MAGIC RPM  #103


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