Arrivé discrètement sous la forme d'un tandem susurrant de
diaphanes mélodies éclaboussées d'électronique (Horn Of Plenty, 2006), enrichi, quelques mois plus tard, de deux
nouveaux membres, Grizzly Bear sortait le clair-obscur Yellow House (2006), un cocon soyeux abritant des compositions
intimistes et plus élaborées, générant une chaleureuse et apaisante douceur. Le
quatuor, galvanisé par la reconnaissance de ses pairs (Paul Simon, Jonny
Greenwood, Kieran Hebden et, bien évidemment, l'ensemble de la faune
brooklynienne) a manifestement gagné beaucoup d'assurance en se produisant sur
scène en compagnie de Feist, Radiohead ou encore TV On The Radio.
En effet, la
chrysalide s'est aujourd'hui métamorphosée en un magnifique papillon aux ailes
chatoyantes, enchanté de disposer de tout ce nouvel espace, pour virevolter,
piquer des têtes, faire des loopings… Sans se départir une seconde de
l'étrangeté lumineuse et parfaitement originale de leur écriture, Veckatimest voit Ed Droste, Christopher
Bear, Daniel Rossen et Chris Taylor faire (enfin ?) sonner les guitares et
laisser rebondir les basses replètes. S'adossant en outre sur des rythmiques
plus présentes (étonnamment jazz, quand on les isole de leur contexte), et en
dotant le tout d'orchestrations sophistiquées et d'enluminures vocales, les
New-Yorkais atteignent avec une aisance déconcertante la somptuosité des
ballades des Lee Hazelwood, David Axelrod, Scott Walker, Van Dyke Parks ou
encore David Bowie (Southern Point, Fine For Now, About Face, I Live With You).
Le plus étonnant et le plus délicieux au sujet de ce futur classique, troisième
volet d’une discographie exemplaire, tient dans le fait que ce n'est qu'après
plusieurs écoutes que l'on percute véritablement. Sans avoir l'air d'innover et
sous une présentation de prime abord assez traditionnelle, Grizzly Bear a
totalement ignoré le format réglementaire du genre (couplet-refrain-couplet),
aboutissant à une véritable science du décalage. The Flaming Lips, Mercury Rev
et tous leurs clones n'ont désormais plus que leurs yeux pour pleurer leur
gloire passée. Les rois sont morts et enterrés, vive sa majesté Grizzly Bear !