On en connaît tous, au moins un. On les a si souvent regardés avec une compassion indulgente, malgré leur côté un peu pathétique, ces ex-rockers sommés par leur entourage de trouver un "vrai " boulot quand les années passent et que les responsabilités s'accumulent, contraints de cacher le jean et le perfecto dans le fond du placard, au rayon des vestiges adolescents, et de s'employer à fourguer des contrats d'assurance-vie pour nourrir les gosses et payer les traites du pavillon. Et puis, des années plus tard, quand la nostalgie travaille au ventre, un soir où les vieux potes s'attardent un peu trop après le match de foot, c'est le drame inévitable, la grosse crise de la cinquantaine. Alors, on balance tout à la fois : le costard De Fursac, la cravate gris-perle, le bon sens et la conscience du ridicule pour sortir la guitare de la cave et évacuer des décennies de rage contenues en faisant gronder, en guise d'exutoire, le riff de Satisfaction devant l'oeil atterré de bobonne, des voisins et de Poupi, le caniche abricot. Que ce destin terriblement banal soit désormais celui de Nick Cave a de quoi nous surprendre davantage. Lui qui avait su vieillir si dignement jusqu'ici a convoqué pour souffler sur ses cinquante bougies des démons d'un autre âge. Les amis les plus fidèles (et donc les plus indulgents ?) sont de la Birthday Party (Martyn Casey, Warren Ellis, Jim Sclavunos), et se sont mis en tête de s'offrir un petit tour sur le terrain de leurs débuts, celui du cri blues revisité punk. Tout cela est chaotique à souhait, exécuté avec un savoir-faire et une expérience qui leur évitent de sombrer dans la médiocrité, même si les chansons de la trempe de From Here To Eternity manquent cruellement à l'appel. On reste donc assez sceptique sur la portée de ce geste autoparodique, un peu dérisoire mais sans doute symptomatique d'une époque où d'aucuns attendent encore avec impatience le nouvel album des Stooges ressuscités.