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The Sophtware Slump de Grandaddy

chronique d'album
En dépit de tout le bien qu'on en pense encore aujourd'hui, le premier album de Grandaddy, Under The Western Freeway, réalisé en 1997, était un disque moyen. Â ranger dans la discothèque juste avant Under The Bushes Under The Stars de Guided By Voices, autre disque aussi moyen qu'indispensable. Et la compilation de ses deux premiers Ep's parue l'an passé, The Broken Down Comforter Collection, nous avait bêtement confortés dans ces certitudes. Véritable outsider du rock mondial, le groupe du barbu et omnipotent Jason Lytle vient pourtant d'enregistrer au nez et à la barbe de l'Amérique le plus bel album américain depuis... des lustres. Au moins. C'est dire l'étendue des (beaux) dégâts et la vitesse à laquelle Lytle et les siens sont devenus grands. Dans leur trou rural et californien de Modesto, "un endroit horrible pour faire de la musique", les cinq modestes artisans de Grandaddy ont poussé encore plus loin la formule de leur premier essai. A savoir, "comment utiliser l'énergie du rock sans passer par les guitares électriques". En ouverture, le temps des neuf ! extraordinaires minutes de He's Simple, He's Dumb, He's The Filot, on jurerait entendre le Neil Young éthéré et magnétique de Expecting To Fly, période Buffalo Springfield ou, plus près de n(v)ous, de My Heart. C'est qu'avec le Loner, Grandaddy partage en dehors de la voix haut perchée (Jed The Humanoid) la même schizophrénie. Aux chansons lunaires succèdent souvent les déflagrations soniques. D'ailleurs, dans le genre, le single The Crystal Lake, avec ses guitares dévastatrices et ses claviers tourbillonnants, est un tube énorme, soit-il amené à demeurer confidentiel. Car même quand il se complaît dans un rock plus basique, voire ordinaire, avec ses guitares grunge toutes sorties dehors (Chartsengrafs, Broken Household Appliance National Forest), Grandaddy sera toujours plus passionnant et authentique que n'importe quel groupe de Seattle ou, pire, The Breeders : "Kim, je te jure que je n'appellerai jamais ma fille Kim", chantait Jason sur Kim You Bore Me To Death, Mais c'est évidemment quand il s'ébat dans une pop pastorale symphonique et lumineuse, avec la bonhomie d'un José Bové (pour rester sur le terrain de la ruralité, on précisera que Jason Lytle, avec son collier de barbe, ressemble furieusement à Luc Guyau, l'ancien délégué général de la FNSEA), que Grandaddy envoûte {Jed's Other Poem (Beautiful Ground)). Jamais très loin de Mercury Rev ou des Flaming Lips, deux groupes avec lesquels Grandaddy ne partage pas le même producteur - Lytle est assez grand pour ça -, mais le même goût pour le psychédélisme luxueux et extatique, en témoigne le rêve éveillé de Miner At The Dial-A-View. Sur le conclusif et magnifique So You'll Aim Toward The Sky, on pense également â Air, décidément la référence la plus consensuelle du moment, de Paul Weller â Lambchop en passant par les Doves. Avec son titre en forme de pied de nez au monde du tout-numérique dans lequel on (sur)vit, The Sophtware Slump, littéralement "la dévaluation du logiciel", où il est question de résistance contre la société moderne, la technologie et les structures dominantes, apparaît ni plus ni moins comme le meilleur album postbug de l'an 2000.
Franck Vergeade
MAGIC RPM  #42
article extrait de :
MAGIC RPM #42 Commander ce numéro


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