Grandaddy est mon ami. Je l'ai d'abord vu expédier brillamment l'indie hit A.M. 180 lors d'un live éclairé sur une chaîne cryptée, puis j'ai appris à mieux le connaître à la sortie de l'astronomique The Sophtware Slump (2000), dont la grâce mélancolique m'aida à surmonter l'un de ces terribles coups durs que la vie vous assène parfois sans prévenir. De là à dire que des barbus mélomanes adeptes du skateboard m'ont sauvé la vie, il n'y a qu'un pas que j'ose franchir allègrement avec la même sincérité dont la voix cristalline, onirique et caressante de Jason Lytle recèle. Viendra ensuite la découverte émerveillée de Under The Western Freeway (1997), parfaite antichambre du chef-d'oeuvre à venir, et Sumday (2003), troisième album élevant le paradigme pop à une hauteur vertigineuse qui s'embrouillait parfois dans les filaments d'une production ampoulée. Trois disques aérodynamiques profilés pour fendre l'air du moment et le coeur de l'auditeur, avec qui les Californiens entretiennent une relation presque intime, grâce à cette voix et à des textes touchants édictant l'éloignement et l'abandon comme failles insurmontables. Mais il y a peu, l'unique maître de cette oeuvre astrale annonça soudainement la disparition prochaine du groupe et de notre amitié privilégiée, Just Like The Fambly Cat en sera donc l'épilogue. Cette décision laissait craindre une dernière accolade timide et sans envie. Il n'en est rien.
Dès les premières secondes hargneuses du tubes- que Jeez Louise, un mur de guitares abrasives remet très vite le sceptique à sa place, c'est-à-dire propulsé à l'arrière d'un pick-up spatial qui n'alunira qu'au son de This Is How It Always Starts, final atmosphérique dont les choeurs déployés et autres synthés planants s'enlacent autour d'un refrain éthéré. Entre l'avènement et la chute, l'ascen(sa)sionnelle fusée mélodique Rear View Mirror décolle au sein d'une stratosphère acoustique avant d'exploser en pleine thermosphère électrique, les harmonies décadentes de The Animal World font trembler la carlingue en annonçant la fin des temps, et l'irrésistible electro pop Elevate Myself (à en faire pâlir Owen Ashworth de Casiotone For The Painfully Alone) fait figure d'escale pittoresque. Agrémentez le voyage de l'instrumental cosmico-féerique Skateboarding Saves Me Twice, et ce dernier disque s'avère être une synthèse accomplie de ce que Grandaddy a su nous offrir depuis plus de dix ans. Évidemment, certains parleront d'une formule déjà employée en citant à l'appui le longuet et peu inspiré Guide Down Denied, mais reprochera-t-on à qui saura transformer le plomb en or de reproduire son procédé à l'infini ? Non, et tous les parodistes patentés (Girls In Hawaï et tant d'autres) doivent désormais se le dire, ils ne resteront à jamais que les tribute bands d'une formation qui ne souffre d'aucune comparaison. Grandaddy est un groupe solaire... ou plutôt "était". Je ne pensais pas que conjuguer un verbe au passé pouvait s'avérer aussi pénible.
Dès les premières secondes hargneuses du tubes- que Jeez Louise, un mur de guitares abrasives remet très vite le sceptique à sa place, c'est-à-dire propulsé à l'arrière d'un pick-up spatial qui n'alunira qu'au son de This Is How It Always Starts, final atmosphérique dont les choeurs déployés et autres synthés planants s'enlacent autour d'un refrain éthéré. Entre l'avènement et la chute, l'ascen(sa)sionnelle fusée mélodique Rear View Mirror décolle au sein d'une stratosphère acoustique avant d'exploser en pleine thermosphère électrique, les harmonies décadentes de The Animal World font trembler la carlingue en annonçant la fin des temps, et l'irrésistible electro pop Elevate Myself (à en faire pâlir Owen Ashworth de Casiotone For The Painfully Alone) fait figure d'escale pittoresque. Agrémentez le voyage de l'instrumental cosmico-féerique Skateboarding Saves Me Twice, et ce dernier disque s'avère être une synthèse accomplie de ce que Grandaddy a su nous offrir depuis plus de dix ans. Évidemment, certains parleront d'une formule déjà employée en citant à l'appui le longuet et peu inspiré Guide Down Denied, mais reprochera-t-on à qui saura transformer le plomb en or de reproduire son procédé à l'infini ? Non, et tous les parodistes patentés (Girls In Hawaï et tant d'autres) doivent désormais se le dire, ils ne resteront à jamais que les tribute bands d'une formation qui ne souffre d'aucune comparaison. Grandaddy est un groupe solaire... ou plutôt "était". Je ne pensais pas que conjuguer un verbe au passé pouvait s'avérer aussi pénible.