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The Spinning Top de Graham Coxon

chronique d'album
C’est sans doute ce que l’on appelle parfois l’ironie de l’histoire. Depuis 1997, date à laquelle Blur a rompu avec l’anglocentrisme de ses débuts pour se tourner vers les Etats-Unis en général et Pavement en particulier, c’est le plus souvent au guitariste binoclard, fan d’indie rock bruitiste à l’américaine, que l’on a attribué la responsabilité de ce revirement. Douze ans plus tard, pour la sortie de son septième album solo, le plus américanophile des membres du quatuor renoue avec une vieille tradition folk locale, bien éloignée des stridences électriques et transatlantiques dont il était devenu coutumier.

Lui qui ne jurait autrefois que par Mission Of Burma ressort aujourd’hui sa vieille guitare en bois du placard et débranche toutes ses pédales de distorsion pour refaire ses gammes à l’écoute de Davy Graham ou Bert Jansch. Certes, les fans les plus attentifs avaient pu repérer, çà et là, les signes avant-coureurs de cette volte-face. Celui qui chantait autrefois I wish I could bring Nick Drake back to life (Sky Is Too High) a simplement attendu le moment approprié pour ressusciter à sa manière ses vieux héros disparus. Dans ce contexte plus dépouillé, et malgré quelques inévitables longueurs redondantes (quinze morceaux tout de même), The Spinning Top offre l’occasion de s’émerveiller une fois encore devant les immenses qualités de songwriter et de guitariste de Graham Coxon, capable de se mesurer sans rougir aux maîtres du passé.

On imagine parfaitement, par exemple, Look Into The Light ou In The Morning joués au petit matin lors d’une deuxième journée de festival à l’île de Wight en 1970. Les irréductible nostalgiques de Blur pourront, quant à eux, étudier les liens de filiation et de cousinage entre certains des plus beaux titres de l’album, présentés ici sans le moindre apparat, et leurs plus illustres prédécesseurs : Dead Bees et ses réminiscences de Beetlebum, ou Humble Man, dont les accords évoquent furieusement ceux de Coffee And TV. Devenu économe en électricité, Graham Coxon n’a donc nul besoin du courant pour placer ses chansons sous très haute tension.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #133


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