Coïncidence notoire, le quatrième album du guitariste de Blur sort alors que le groupe a décidé de se passer de ses services pour mieux se faire "produire" par Fatboy Slim. Un peu comme l'entité EMI devenue Capitol qui licencie une soixantaine de personnes en France, beaucoup plus dans le monde, pour anticiper son rachat par une autre "major" ? Graham-le-torturé ayant refusé le simple statut de singe savant (de Gorillaz ?) que lui offrait magnanimement son chanteur, il peut encore se permettre de sortir des disques sans visées commerciales sur sa propre structure, mais ses trois premiers essais depuis 1998 jouaient l'introspection jusqu'au malaise. Malgré un avertissement "File under psychiatric" au-dessus du code-barre, The Kiss Of Morning ressemble à une éclaircie enfantine sous sa pochette tout droit sortie de l'année de naissance du gars Graham, 1969. Oh bien sûr, les vieux démons guettent toujours, ceux de Syd Barrett, Bob Dylan ou Captain Beefheart (Locked Doors). Mais il y a aussi le charmant Baby, You're Out Of Your Mind, un Do What You're Told To en forme de réponse longtemps différée au Bullet In The Head de Rage Against The Machine ("Fuck you/I won't do what you tell me", ce genre de choses) qui précède le paysan Mountain Of Regret et la guitare de Bj Cole (vétéran renfort de The Verve sur sa dernière tournée), à la manière d'un Neil Young qui sait si bien souffler le chaud et le froid. Au final, cet album, malgré une dernière chanson intitulée Good Times, n'éclaire en rien la situation interne d'une formation qui n'a jamais aussi bien porté son nom, mais s'adresse bel et bien aux fans de Blur, et non plus seulement à ceux de son fantasque guitariste. Qui signe là une première victoire sur lui-même.