Se perdre pour mieux se retrouver... La formule, bien que sommaire, illustre finalement assez bien le parcours solitaire de l'Anglais Gra-ham Coxon. Ainsi, après s'être lavé les méninges en s'essayant avec brio mais ne réussit-il pas tout ce qu'il touche ? au folk lo-fi dérangé (The Sky Is Too High) voire bruitiste (The Golden D), l'ex-guitariste de Blur a opéré il y a deux ans un retour salutaire en territoire pop mélodique à guitares enjouées via Happiness In Magazines. Heureux dans sa nouvelle vie de père de famille sevré, notre bino-clard préféré y collaborait à nouveau avec l'un des plus brillants producteurs de sa génération, le discret Stephen Street. Surfant sur ce succès artistique et commercial unanime, Love Travels At Illegal Speeds on ne change pas une formule qui gagne, Street a été reconduit à ses fonctions s'impose comme un nouveau grand disque de guitares instruites en forme de monolithe power pop. Synthèse des Kinks, Jam, Who, Pavement et Mission Of Burma, ces treize compositions portent bonheur ! Car s'il traîne encore çà et là quelques souvenirs de ses voyages en terres américaines (Just A State Of Mind, Gimme Some Love, I Don't Wanna Go Out), c'est bel et bien au royaume de Paul Weller et Pete Townshend (You & I, Don't Believe Anything I Say, Tell It Like It Is) que tout se joue désormais. Et s'il semble de prime abord moins spectaculaire que son prédécesseur l'effet de surprise en moins, probablement , ce sixième Lp placé sous le signe de l'amour affirme les talents d'un songwriter de plus en plus à l'aise derrière son micro, mais aussi à la basse et à la batterie. À la fois homme-orchestre et dandy en veste de cuir élimée, Graham Coxon et sa vieille Telecaster incarnent plus que jamais le fantasme rock'n'roll estudiantin ultime... Il suffit pour s'en convaincre de jeter une oreille sur son monstrueux You Always Let Me Down, tube indie survitaminé malicieusement placé en queue de peloton.