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Music For Men de Gossip

chronique d'album
Lorsqu’un artiste parvient à un moment donné de son existence à enfanter un chef-d’œuvre, la suite de son parcours s’en retrouve, tant sur le plan esthétique qu’économique, totalement bouleversé. C’est ce qui est en train de se passer pour le trio Gossip à qui incombe aujourd’hui la dure tache de prouver qu’il est possible d’égaler le tour de force Standing In The Way Of Control (2006), album sublime de bout en bout, plein d’aspérités punk et de chaleur soul, qui marqua au fer rouge de son identité féministe et homosexuelle toute une génération coincée et mal dans sa peau. Ce miracle s’incarne bien sûr en l’explosive Beth Ditto, jeune fille obèse et solitaire zonant dans son Arkansas natal, propulsée par son talent inouï au panthéon des icônes rock d’aujourd’hui.

Passer du mythique label riot grrrl Kill Rock Stars à la major Columbia n’a rien d’anodin, et Music For Men n’en ressort évidemment pas indemne. Selon une logique payante, il semble même avoir été conçu comme la réplique de son prédécesseur, quelques accords de claviers faisant office de plus value. Le single Heavy Cross, aussi performant soit-il, illustre cet effet miroir en variant à peine le groove inoubliable du titre éponyme Standing In The Way Of Control, véritable cri de ralliement qui, à chaque concert du groupe, fait basculer l’auditoire dans une hystérie collective complètement jubilatoire. Entre les mains du producteur Rick Rubin (Slayer, Beastie Boys, Red Hot Chili Peppers…), la réalisation gagne en rondeur sans pour autant affecter le minimalisme percutant à la base du son de Gossip.

Si l’on s’en tenait à ses quatre premiers titres, Music For Men aurait tous les atouts pour nous mettre à genoux, en particulier 8th Wonder, merveille d’attaque frontale où la guitariste Brace Paine peaufine son jeu tout en riffs mitraillette, tandis que la batteuse androgyne Hannah Billie impressionnent par ses roulés à la précision chirurgicale. Ce qui, en revanche, plaît beaucoup moins, c’est la tournure disco ou dance de certains titres poussifs (Pop Goes The World, Love And Let Love, Men in Love), qui tendent à plomber l’ensemble en le tirant vers le bas. De cette veine plus pop et synthétique, on pourra néanmoins sauver For Keeps et Four Letter Words, des morceaux plutôt attirants dans leurs nouveaux habits. Au risque de passer pour un rabat-joie, Music For Men reste une déception en regard de ce que représente Gossip, coup de foudre incontesté de ces dernières années.
Thomas Bartel
MAGIC RPM  #133


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