Un truc cool à
raconter à vos enfants : dans les années 2000, des dessins animés malpolis ont
sauvé la pop anglaise de l’ennui, régnant insolemment sur les hit-parades
mondiaux avec une somme d’idées et de talents débordant de chansons
incroyables. Vous les entretiendrez plus tard du génie de Damon Albarn, chef de
cet orchestre fou et polymorphe. En vous souvenant peut-être que les choses
n’étaient pas si claires au début. À l’orée de la
décennie, Gorillaz se présente comme un mystérieux collectif emmené par le
producteur de hip hop Dan The Automator, qui invite une escouade de musiciens à
donner de la voix, dont le chanteur de Blur, alors en plein ravalement
post-britpop. Dans l’esprit du bon peuple, Damon Albarn n’est qu’un invité
parmi d’autres (Ibrahim Ferrer, Miho Hatori échappée de Cibo Matto). En réalité,
il est à l’origine du projet, entièrement imaginé et conçu avec le dessinateur
Jamie Hewlett, dont il agence tous les éléments musicaux. Léger et inventif, à
la fois moderne et très inspiré de trente ans d’histoire des musiques populaires,
Gorillaz (2001) est un mélange somme
toute très anglais de pop, dub et hip hop. Le disque rencontre un succès
colossal que personne n’avait vu venir, écrasant à lui seul les chiffres de
ventes de tous les albums de Blur cumulés (dix millions d’exemplaires à ce
jour). La bouture entre les genres a bien fonctionné et les singles n’ont pas
pris une ride : la mélancolie de Tomorrow
Comes Today, sur les brisées du trip hop de Bristol, la nonchalance de Clint Eastwood, l’electro pop ludique de
19-2000 ou le hip hop oldschool et
très cool de Rock The House ont une
fraîcheur intacte, notamment due à leur production parfaitement élégante. Le
reste est légèrement en deçà. Gorillaz change de braquet avec Demon Days (2005), tout simplement l’un
des plus grands albums de la décennie 2000, grande bousculade de chansons aux
mélodies et arrangements fous, servies par une production phénoménale signée
Danger Mouse et des invités dont l’apport est finement pesé : De La Soul,
Ike Turner, Neneh Cherry, Shaun Ryder, Roots Manuva ou DOOM importent chacun
un bout de leur univers tout en s’intégrant parfaitement à une œuvre cohérente
et fluide.
Les cinq singles présentés ici sont incroyables, en équilibre entre grosse machinerie, orchestrations luxuriantes et finesse des compositions (chœurs enfantins, cordes et rythmiques imparables pour Dirty Harry, mélancolie nocturne pour El Mañana, qui aurait pu apparaître sur l’album de The Good, The Bad & The Queen). Avec une poignée d’autres invités et des nouvelles chansons parfois plus abruptes, Plastic Beach (2010) réédite l’exploit avec une étonnante facilité, chamboule les styles, les sonorités et les appellations d’origine contrôlée, du funk futuriste de Stylo (et la performance vocale ahurissante de Bobby Womack) à la pop parfaite de On Melancholy Hill, en passant par le hip hop orientalisant de White Flag (curieusement absente ici). Pour soutenir le disque, Damon Albarn emmène une partie non négligeable du casting (dont Mick Jones et Paul Simonon, soit la moitié des Clash) en tournée pour des concerts plus grands que nature, dont on peut voir un bref aperçu sur le DVD qui accompagne cette compilation paresseuse et opportuniste (on est censé fêter le dixième anniversaire du groupe et peut-être aussi un peu son enterrement, on ne sait pas trop). Il manque ici des morceaux essentiels qui ont pour seul tort de ne pas avoir fait l’objet d’une sortie en single, alors qu’ils témoignent peut-être plus franchement de l’ouverture musicale du projet Gorillaz. En revanche, on peut y trouver l’excellente Doncamatic, parue à l’automne 2010 et pourvue d’un clip un peu pourri, au regard de l’œuvre vidéo présentée dans ses grandes lignes sur ledit DVD, qui souffre de la comparaison avec l’excellent Slowboat To Hades (2006). L’occasion toutefois de saluer à nouveau la beauté sombre du travail de Jamie Hewlett, aussi saisissant quand il rend hommage à l’univers de Miyazaki (Feel Good Inc. et El Manana) que quand il mixe prises de vue réelles et animation (sublime Tomorrow Comes Today, en extérieurs nuit urbains). Hélas, en faisant l’impasse sur les fausses réclames et autres objets filmiques non identifiés, cet aimable florilège passe un peu à côté de la singularité des personnages de fiction inventés par le dessinateur, de leur côté frondeur et mal élevé, de leur grossièreté réjouissante. Bref, de tout ce qui paraîtra encore cool aux enfants de la prochaine décennie.
Les cinq singles présentés ici sont incroyables, en équilibre entre grosse machinerie, orchestrations luxuriantes et finesse des compositions (chœurs enfantins, cordes et rythmiques imparables pour Dirty Harry, mélancolie nocturne pour El Mañana, qui aurait pu apparaître sur l’album de The Good, The Bad & The Queen). Avec une poignée d’autres invités et des nouvelles chansons parfois plus abruptes, Plastic Beach (2010) réédite l’exploit avec une étonnante facilité, chamboule les styles, les sonorités et les appellations d’origine contrôlée, du funk futuriste de Stylo (et la performance vocale ahurissante de Bobby Womack) à la pop parfaite de On Melancholy Hill, en passant par le hip hop orientalisant de White Flag (curieusement absente ici). Pour soutenir le disque, Damon Albarn emmène une partie non négligeable du casting (dont Mick Jones et Paul Simonon, soit la moitié des Clash) en tournée pour des concerts plus grands que nature, dont on peut voir un bref aperçu sur le DVD qui accompagne cette compilation paresseuse et opportuniste (on est censé fêter le dixième anniversaire du groupe et peut-être aussi un peu son enterrement, on ne sait pas trop). Il manque ici des morceaux essentiels qui ont pour seul tort de ne pas avoir fait l’objet d’une sortie en single, alors qu’ils témoignent peut-être plus franchement de l’ouverture musicale du projet Gorillaz. En revanche, on peut y trouver l’excellente Doncamatic, parue à l’automne 2010 et pourvue d’un clip un peu pourri, au regard de l’œuvre vidéo présentée dans ses grandes lignes sur ledit DVD, qui souffre de la comparaison avec l’excellent Slowboat To Hades (2006). L’occasion toutefois de saluer à nouveau la beauté sombre du travail de Jamie Hewlett, aussi saisissant quand il rend hommage à l’univers de Miyazaki (Feel Good Inc. et El Manana) que quand il mixe prises de vue réelles et animation (sublime Tomorrow Comes Today, en extérieurs nuit urbains). Hélas, en faisant l’impasse sur les fausses réclames et autres objets filmiques non identifiés, cet aimable florilège passe un peu à côté de la singularité des personnages de fiction inventés par le dessinateur, de leur côté frondeur et mal élevé, de leur grossièreté réjouissante. Bref, de tout ce qui paraîtra encore cool aux enfants de la prochaine décennie.
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L'un des meilleurs articles que j'ai lu depuis longtemps pour décrire l'immense et sublime machine qu'est Gorillaz, de son babtême à sa "presque-mort"(?). Non, vraiment, j'suis bien en accord avec vous sur tous les points. J'ai eu la chance inespérée de les voir en concert à Montréal en octobre 2011, à l'occasion de leur Plastic World Tour, et j'en conserverai un souvenir inaltérable. Bravo pour le bel article !
