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Plastic Beach de Gorillaz

chronique d'album
Les dessins animés peuvent bien vivre leur vie de renégats déglingués et irrévérencieux, Damon Albarn les a définitivement cantonnés à l’image. Murdoc et ses acolytes démoniaques assurent le show et la promotion, mais Plastic Beach se passe tout à fait de leurs grimaces simiesques pour s’imposer comme un très grand disque, qui devrait survoler l’année (voire plus) comme Demon Days (2005) a marqué la dernière décennie. La grande intelligence de Damon Albarn est de ne pas avoir cédé aux tentations de la surenchère et de l’inflation. Avec une production parfaitement affutée, un son à la fois riche et complètement dégraissé, des rythmiques incisives, Plastic Beach possède un sacré fuselage, parfait véhicule de chansons taillées au millimètre. On se presse au portillon pour donner de la voix et le casting est impressionnant, sans toutefois que ce troisième opus de Gorillaz ne rejoue la ferme des célébrités : l’apport de chacun est finement pesé, à la fois importation d’un bout d’univers et incorporation à une œuvre très cohérente. 

Qu’on ne s’y trompe pas : si la pop, le dub, la soul, le hip hop ou l’électro tiennent ensemble sans se friter pendant près d’une heure, en jetant des coups d’œil affectueux vers l’orient et les temps anciens du rock, cela ne tient qu’à un seul et unique élément, le génie absolu de Damon Albarn. C’est un tour de force ahurissant de coaguler autant de talents et d’identités en un ensemble fluide et finalement très personnel. Il refuse de l’admettre, mais Plastic Beach est pensé et porté de A à Z par l’ancien Blur. On le reconnaît à chaque looping stylistique, à tous les détours de ces chansons extraordinairement addictives : Welcome To The World Of The Pastic Beach joue le chaud froid entre une soul robotique et le chant vicieux de Snoop Dogg, White Flag imprègne le hip hop le plus bondissant de puissantes effluves orientalisantes, le robuste single Stylo dégage une atmosphère cinématographique avant de s’achever sur une performance vocale surréaliste du grand Bobby Womack, l’extraordinaire Glitter Freeze déroule son oppressant beat hypnotique sous les pieds d’un Mark E Smith impérial, quand Sweepstakes joue sur l’agressivité d’un hip hop funkoïde concassé, avec Mos Def. Il y a sur certains morceaux une vraie sécheresse, une rugosité qui les rend paradoxalement plus efficaces et accrocheurs.

Pour autant, Damon Albarn signe une sacrée quantité de tubes pop à la fois irrésistibles et délicats, souvent portés par une mélancolie tenace, sur lesquels il vient chanter en personne : Broken, Rhinestone Eyes, progressivement saturée de lignes digitales, une Empire Ants lovée dans des volutes de claviers avant d’exploser en feux d’artifice gris acier, la très ludique Superfast Jellyfish avec Gruff Rhys et De La Soul, le tour de force mélodique et rythmique de Some Kind Of Nature où la voix de Lou Reed est gentiment chahutée par un ordinateur. Sans oublier ce qui devrait être l’une des plus belles chansons à s’attaquer aux cimes des hit-parades cette année : On Melancholy Hill, sommet d’electropop poignante, programmée pour se loger à vie dans le cerveau et le cœur. À l’instar d’un album bien plus personnel qu’il n’en a l’air, chef-d’œuvre abrasif et généreux en prise direct avec le cerveau de Damon Albarn.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #141


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jean jacques martoni - 20/01/2012 11:22
Ah ah. KOS. Non seulement le disque vieillit très bien et ils en ont vendu des kilos.
hombre - 04/04/2010 22:25
En totale harmonie avec cette chronique ! Chef d'oeuvre !!
KOS - 03/04/2010 12:02
Il est évident qu'on n'a pas entendu du tout le même disque. Ce disque est un ratage intégral, une somme de featurings en RTT qui font 100 fois mieux tout seul. Seul le titre avec Mos Def vaut (largement) le détour. Pour le reste, c'est un produit marketing et rien d'autre. Je suis prêt à prendre les paris que ce sera un échec commercial retentissant, tant même Stylo est vide de sens. Je suis souvent d'accord avec vous, mais là je ne comprends pas l'engouement pour ce disque misérable.