A Lire

Soft Power

archive mag mars 2008
1 commentaire

Il faut se méfier des clowns. Enfin, des bons. Et surtout de ceux qui refusent de s’enfermer dans un seul rôle. Car Jason Beck, alias Gonzales, est à la fois un électronicien cheap, un rappeur surréaliste à la pilosité thoracique largement exposée et un brillant pianiste adepte de Satie et Debussy. Le Canadien se réinvente sans cesse et réhabilite aujourd’hui la musique la moins réhabilitable au monde : le soft rock seventies. Bien sûr, le résultat est infiniment plus abouti qu’un simple essai parodique, et ce cinquième album n’est que très partiellement à prendre au troisième degré. Dès ses débuts de bouffon génial, avec Gonzales Über Alles (2000), le Canadien s’est révélé un caractère musical complexe. Si le magnifique Solo Piano (2004) a changé son image et prouvé qu’il savait “vraiment” jouer, ses autres disques avaient une vision musicale forte et un éclectisme qui échappaient à ceux qui ne s’attardaient qu’aux titres les plus immédiats. Mais ce fervent Entertainist (pour reprendre le titre de son troisième Lp), adepte de la mise en scène, n’aime rien tant que surprendre. Faute, sans doute, de pouvoir inventer un genre majeur (ce que l’intéressé a sûrement du mal à l’accepter), Gonzales excelle dans la relecture radicalement inventive. Soft Power développe donc la frange consensuelle, onctueuse et intergénérationnelle des seventies. Certains morceaux jouent à fond le concept, à commencer par Slow Down, avec son piano à la Billy Joel, ses carillons, son saxophone échappé d’un slow de Robert Palmer et la voix de Gonzales exprimant la quintessence de cette douce puissance qui donne son intitulé à l’album. L’instrumental Theme From In-Between ne déparerait pas dans une comédie de mœurs française avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Le pont du superbement cheesy Unrequited Love a des chœurs typiques de Supertramp, mais le lien avec les quatre épisodes précédents est fermement tissé. En ouverture, Working Together, single haletant tout en claquements de mains et accords de piano saccadés, appartient autant au Gonzo berlinois de 2000 qu’au Gonzales parisien de 2008. D’ailleurs, le piano, instrument central de Soft Power, montre à quel point Solo Piano n’était pas qu’un simple coup d’essai. Sur Map Of The World, il offre à Gonzales la trame d’une ballade suprêmement touchante. Tout en souhaitant continuer à exploiter ses talents pianistiques (avec, notamment, trois instrumentaux), Gonzales veut surtout pousser ses talents vocaux au-delà de ce qu’on attend de lui. Et il y parvient pleinement dans la délicatesse du chant de Apology, à peine dérangé par quelques vagues fusantes de synthés à la Vangelis. Trop de bon goût tuerait tout le plaisir et ferait passer la sensibilité pour de la sensiblerie. Heureusement, le totalement disco Let’s Ride, dont les chœurs sont assurés par Feist, vient rétablir la balance. Mais tout finit par une somptueuse ballade, Singing Something, où Gonzales dit le plaisir simple et total de chanter.

Philippe Richard

magazine num 119 article extrait de :
MAGIC RPM #119


Commentaires

fabienbenoit - 03/05/2008 21:47
Un drôle d'asticot ce Gonzales... mais surtout un grand malin... nous avons réalisé une petite interview audio de Gonzo pour notre site si ça vous intéresse voici l'adresse : http://www.desoreillesdansbabylone.com/2008/04/interview-gonzales-24.html Bonne continuation, fabien

Vous devez être inscrit pour laisser un commentaire :



Mot de passe oublié ? - S'inscrire