Les fans d’indie pop tombés sous le charme très lynchien de la Britannique Alison Goldfrapp se sont sentis, du jour au lendemain, déboussolés. Après Felt Mountain (2000), un premier album tout en douceurs vénéneuses et en élégance sensuelle un rien perverse qui lui valut notamment la couverture de la revue pop moderne en septembre 2000, Goldfrapp publiait un successeur frontalement glam-dance-rock, Black Cherry (2003). Et la belle mystérieuse se produisait sur scène les reins ceints d’une queue de cheval, parfois entourée de choristes affublées de masques de renard. Lesdits fans n’étaient pas encore au bout de leurs émotions… Alison Goldfrapp et Will Gregory se sont rencontrés en 1999. Elle avait étudié les arts plastiques, joué dans des formations heureusement restées inconnues, chanté avec Orbital et Tricky. Will Gregory, compositeur de formation classique, pianiste et saxophoniste, avait collaboré avec de nombreux groupes (de The Cure à Portishead). Il a quarante ans, elle en a trente-trois. Ce ne sont pas les perdreaux de l’année. Felt Mountain reste l’un des plus beaux disques de l’année 2000, et on peut regretter qu’il ne soit ici représenté que par deux singles (sur les quatre publiés). Lovely Head, avec ses sifflements morriconesques, ses clavecins synthétiques, la voix langoureuse et dangereuse d’Alison, reste la chanson ultime de Goldfrapp première période. Comment expliquer le changement radical de son sur Black Cherry ? Une tentation de ravir sa couronne pop à Madonna comme Gwen Stefani ou Kylie Minogue s’y essayaient alors ? Pas nécessairement. En tout cas, pas encore. Il semble même que le disque ait sérieusement influencé la Madone et les concurrentes suscitées. Train dégaine un rythme mécanique et des sons synthétiques agressifs, contrastant avec la voix traînante d’Alison. Strict Machine, encore plus entêtant, tisse un lien inattendu entre Suicide et Donna Summer. Le troisième single, Black Cherry, plus proche de Felt Mountain, rappelle que Goldfrapp excelle dans l’art des ballades. Mais là aussi, le son est plus froid et épuré.
Le troisième album Supernature (2005) accentue le trait electro-disco-clash, parfois à la limite de la caricature, mais avec un indéniable succès. Ooh La La et Number 1 ouvrent ainsi sans surprise cette compilation incomplète (Fly Me Away, le quatrième extrait pop, a disparu). Titre froidement dansant et sexuellement explicite, Ooh La La fonctionne justement parce qu’il exclut toute sophistication (“Je ne veux pas un truc à la Baudelaire/Juste de la lubricité glitter”, chante-t-elle.) On parie que Lady Gaga l’a écouté en boucle. Chanson du désir (“I’m like a dog to get you”), Number 1 confronte des claviers rappelant la fin de Joy Division (ou le tout début de New Order) à la voix presque impavide d’Alison. Plus troublant, Ride A White Horse joue d’une rythmique bien rigide, mais agrémentée de claviers aux mélodies chantournées, Alison interprétant son texte ambigu avec la distance d’une diva disco new-wave. Trois ans plus tard, le LP Seventh Tree (2008) marque un nouveau changement radical. Fatiguée des excès dance ? Sur la pochette, Alison apparaît habillée en Arlequin. Les tempos se ralentissent. Finies ou presque, les mécaniques rythmiques synthétiques. Le disque semble renouer avec l’esprit des débuts, mais avec un feeling plus pastoral et un sens de l’accroche pop plus littéral, à l’image de l’édénique A&E. Happiness renvoie même, par certains sons, aux débuts du psychédélisme britannique. Un disque apprécié par la critique, mais bien moins populaire que Supernature. Dernier album en date, Head First (2010) replonge tête la première dans la dance. Le premier single, Rocket, fourmille d’affreux synthétiseurs FM eighties et affiche une mélodie gênante de facilité. Believer rattrape l’affaire en réintroduisant l’indispensable trouble, préservé malgré un refrain fait pour danser mains en l’air. Les deux morceaux inédits, spécialement enregistrés pour la compilation, donnent-ils une idée du futur de Goldfrapp ? Yellow Halo est une ballade fantomatique, avec une voix languissante bizarrement mixée très en avant, et un développement orchestral sans grande surprise. Melancholy Sky, encore une ballade avec tambourin et arpège de guitare, possède un parfum sixties à la Judy Collins. S’il faut s’y fier, Goldfrapp aurait une nouvelle fois renvoyé le démon de la danse dans son enfer. Mais en est-on si certain ?
Le troisième album Supernature (2005) accentue le trait electro-disco-clash, parfois à la limite de la caricature, mais avec un indéniable succès. Ooh La La et Number 1 ouvrent ainsi sans surprise cette compilation incomplète (Fly Me Away, le quatrième extrait pop, a disparu). Titre froidement dansant et sexuellement explicite, Ooh La La fonctionne justement parce qu’il exclut toute sophistication (“Je ne veux pas un truc à la Baudelaire/Juste de la lubricité glitter”, chante-t-elle.) On parie que Lady Gaga l’a écouté en boucle. Chanson du désir (“I’m like a dog to get you”), Number 1 confronte des claviers rappelant la fin de Joy Division (ou le tout début de New Order) à la voix presque impavide d’Alison. Plus troublant, Ride A White Horse joue d’une rythmique bien rigide, mais agrémentée de claviers aux mélodies chantournées, Alison interprétant son texte ambigu avec la distance d’une diva disco new-wave. Trois ans plus tard, le LP Seventh Tree (2008) marque un nouveau changement radical. Fatiguée des excès dance ? Sur la pochette, Alison apparaît habillée en Arlequin. Les tempos se ralentissent. Finies ou presque, les mécaniques rythmiques synthétiques. Le disque semble renouer avec l’esprit des débuts, mais avec un feeling plus pastoral et un sens de l’accroche pop plus littéral, à l’image de l’édénique A&E. Happiness renvoie même, par certains sons, aux débuts du psychédélisme britannique. Un disque apprécié par la critique, mais bien moins populaire que Supernature. Dernier album en date, Head First (2010) replonge tête la première dans la dance. Le premier single, Rocket, fourmille d’affreux synthétiseurs FM eighties et affiche une mélodie gênante de facilité. Believer rattrape l’affaire en réintroduisant l’indispensable trouble, préservé malgré un refrain fait pour danser mains en l’air. Les deux morceaux inédits, spécialement enregistrés pour la compilation, donnent-ils une idée du futur de Goldfrapp ? Yellow Halo est une ballade fantomatique, avec une voix languissante bizarrement mixée très en avant, et un développement orchestral sans grande surprise. Melancholy Sky, encore une ballade avec tambourin et arpège de guitare, possède un parfum sixties à la Judy Collins. S’il faut s’y fier, Goldfrapp aurait une nouvelle fois renvoyé le démon de la danse dans son enfer. Mais en est-on si certain ?
1 réaction réagir
Une vision d'ensemble du travail de Goldfrapp, ça n'arrive pas souvent. Difficile exercice que de synthétiser l’œuvre du duo. Pour ceux qui n'ont jamais approuvé à 100% les choix de singles, cette compilation n'est franchement pas indispensable, dans la mesure où elle ne reflète pas du tout la richesse de ce Goldfrapp a à offrir.
