Diantre, qu’elle a mauvaise réputation, cette pauvre Alison. La minuscule demoiselle de Goldfrapp porte vraisemblablement un gilet pare-balles en béton armé sous son corset de pin-up. Pas vraiment aidée par un Will Gregory planqué sous ses jupons, la conquérante doit à la fois désavouer son image de poupée glacée, qu’elle a bien cherchée soit dit en passant, et essuyer les attaques répétées à l’encontre de sa musique, déviée de son luxuriant cours orchestral vers une new-wave de boudoir avec Black Cherry (2003) et Supernature (2005). Les réfractaires à cette métamorphose glam seront rassurés par les ambiances contemplatives de ce nouvel album, loin des bas-fonds urbains et décadents de ses prédécesseurs. Particulièrement faible, son premier single A&E (et son jumeau Road To Somewhere) trompera le chaland avec son faux parfum de Waterfall qui vient s’évanouir dans des vapeurs new age. Avec une élégance inouïe, Goldfrapp préfère griller toutes ses cartouches dès l’ouverture de son disque, fort de sa sublime ballade folk Clowns, impossible à écouter sans voir pointer ce bon vieux rhum des foins. Quoi de plus normal quand la voix d’Alison, réincarnée en Liz Fraser, vient souffler ses mots glacés et mystérieux dans le cou. Plus rustique encore, Eat Yourself témoigne aussi de cette volonté de retourner au plus près de l’os, d’une guitare acoustique ou d’un clavier vintage, sans fioritures ni caprice, pour laisser lentement venir l’émotion à soi. Mais comme ces deux-là sont avant tout des faiseurs de pop par excellence, ils ouvrent d’autres pistes encore dans leur laboratoire enseveli sous les instruments rares et précieux de toutes époques. Happiness et ses faux airs de Strawberry Fields Forever devraient logiquement, dans notre monde idéal, bouter Mika hors de son trône pour y installer le gracieux pop-otin d’Alison. Quant à Caravan Girl, bombe de soul moderne, elle reprend les affaires là où Texas les avait laissées à l’époque de Black-Eyed Boy, en les propulsant dans le XXIe siècle. D’ailleurs, Sharleen Spiteri et la diva de Goldfrapp devraient partager un thé autour de leur passion commune pour Serge Gainsbourg, pillé encore une fois sans vergogne (Cologne Cerrone Houdini). On a connu des citations plus inspirées de leur part… Certes, Seventh Tree ne tutoie pas les sommets perchés de Felt Mountain (2000), au moins ne prend-il jamais racine.