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Black Cherry de Goldfrapp

chronique d'album
Quand elle n'est pas occupée à concurrencer Leila au titre de représentante la plus mal embouchée de la scène électronique, Alison Goldfrapp compose des chansons beaucoup moins revêches que son caractère, et c'est pour ça qu'on l'aime. Là où tant de formations rabâchent le même sempiternel couplet à qui ne veut plus l'entendre ("Composer un disque fut une vraie bataille", "Nous sommes allés à l'encontre de nos habitudes", "On s'est engueulé pendant six ans avant de trouver le moindre beat adéquat", bla-bla), les chansons de Alison et Will Gregory ont pour elles leur évidence. Consciente de ses possibilités quant à galvaniser son auditoire par ses performances pulmonaires, Goldfrapp se limite efficace ment à cela. Black Cherry est un disque facile à approcher, ce qui ne signifie aucunement qu'il laisse sur sa faim. Sans doute marqué par le succès commercial de son premier album, le duo présente Black Cherry comme un disque en porte-à-faux de la logique patiente et indocile inhérente à cette musique électronique qui semblait la caractériser. A priori, le penchant pour l'electroclash brutal qu'affiche Black Cherry pourrait décontenancer ceux qui ont tant craqué sur les textures veloutées de Felt Mountain. Mais en associant un peu de cette électronique soyeuse mâtinée de vocaux irradiants à des rythmiques plus martelées ainsi qu'à une voix qui désormais se pique avec bonheur d'être vulgaire (le single Train ou Deep Honey, excellent plagiat de l'imparable recette égrenée par le duo Giorgio Moroder/Donna Summer sur I Feel Love), Goldfrapp ne bouscule qu'en apparence ses habitudes. Et consolide plutôt ce qui la distingue : un sens de la formule élémentaire et percutant, qui procure un plaisir aussi basique qu'indéniable.
Julien Welter
MAGIC RPM  #70
article extrait de :
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