Vous pensiez en être définitivement débarrassés avec les années 90 et les chouchous dans les cheveux, hein... Mais Lawrence est plus malin et plus rapide que les pièges mécaniques et (surtout) chimiques que la société moderne lui tend inlassablement depuis vingt-cinq ans. Tentez donc de supprimer son Felt et il revient avec Denim ; acharnez-vous sur Denim, et le revoici avec Go-Kart Mozart, juste après avoir posé ses oeufs ici dans Baxendale, là chez The Tyde. Et si d'aventure vous craigniez pour vos murs, rassurez-vous, Lawrence sort rarement de sa tanière et ne fera jamais de petits Lawrence comme lui, car Lawrence est unique. Tout comme il ne coupera jamais sa longue toison couronnée de ce crâne qui lui donne un air si inquiétant, Lawrence n'abandonnera jamais la musique, et les espoirs de grandeur qui l'accompagnent. Tearing Up The Album Chart, la belle ambition ! Comme Chicory Tip, comme Bob Dylan, Hayward rêve d'incarner la culture pop, ses facilités, ses faiblesses, son impudence et sa révolte à lui tout seul. La grande musique n'existe pas, et c'est à l'aide de jouets plastifiés qu'il assène sa vérité poétique, sa science mythifiée de la vie. Comme toujours ici, on a l'impression d'entendre un gamin singer les plus grands tubes pop FM du siècle, de la Danse Des Canards à Anarchy In The Uk, en un brillant mégamix pour boum imaginaire et mariage nippon. Un gamin qui maîtriserait l'esprit mal tourné des adultes, ses codes vicieux et surtout son langage vicié ("I'm gonna open your jeans/ I'm gonna put myself in/We're gonna fly off on a cloud of white"). Un gamin qui détiendrait les clés du hit parfait depuis le début, mais ne pourrait s'empêcher de les foutre en l'air, juste comme ça, juste pour faire chier. Juste pour faire rire les potes. Alors, comme toujours, Lawrence gesticule, roule des mécaniques sur son Electric Rock'n'roll et finit par se rendre compte que la chambre est vide et qu'il est seul face à son miroir. Et ça, c'est vraiment dommage.