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Instant Wigwam And Igloo Mixture de Go-Kart Mozart

chronique d'album
Voici peut-être le seul artiste pop, depuis David Bowie, capable de s'inventer pour chaque décennie un nouveau personnage à la (dé)mesure de son époque. On parle ici du très "british" Lawrence, connu successivement comme Lawrence Felt dans les années 80, puis Lawrence Denim dans les 90's et maintenant Lawrence Mozart, un patronyme de vainqueur, paré pour l'an 2000. Go-Kart Mozart donc, tout entier dédié à l'ego meurtri de notre héros, toujours vierge de cette notoriété qu'il n'a eu de cesse de traquer (avec Felt, dix ans d'insuccès, et Denim, incompris dès son premier album), de cette gloire qui n'a jamais été au rendez-vous, alors que l'homme Lawrence était toujours pile à l'heure. Voire en avance... En fait, on doute qu'il aurait pu en advenir autrement, tant ses disques ne semblent être conçus que pour lui-même et une poignée d'initiés. Ces derniers décodant sans problèmes sa musique foisonnante, brassant ce qu'il appelle ses "machines modernes" une armada de synthés bon marché et de rythmes bonsaïs , ou bien se délectant d'arrangements franchement dérangés, donnant à tous ses albums un aspect démesuré, entre autisme et exubérance. N'importe qui, à l'écoute de cet Instant Wigwam And Igloo Mixture, s'inquièterait de la santé de son auteur avant de se reporter aux chapitres précédents Novelty Rock (1997) et Denim On Ice (1996) pour finalement déclarer que cette folie est incurable. Quel autre être humain pourrait faire tenir debout le labyrinthique Mrs Back-To-Front, mini-opéra déjanté ? Et quel songwriter sérieux s'abaisserait à composer une chanson sur Wendy James, la blondasse icône des redoutables Transvision Vamp ? Quel Dj électro pourrait rivaliser avec la minute de terreur pure baptisée Depleted Soul, hymne technoïde aux serial killers ? On pourrait continuer comme cela pendant les seize titres délicieusement cinglés de cet Instant Wigwam... où, l'espace de quelques chansons (Here Is A Song, She Tore It Up And Walk Away, Plead With The Man...), Lawrence tutoie la mélodie éternelle avec les pauvres armes de la dérision et d'un piano qui fait "clong". Dans ce flot de morceaux tordus, on s'amuse aussi beaucoup des textes, rédigés comme on affûte une arme absolue en réaction au monde entier (la Reine mère, les dictateurs d'Afrique, l'épicier du coin), ce monde qui a refusé Lawrence et son mal-être, son génie pop et sa folie, au moins autant que Wolfgang Amadeus Mozart, deux siècles plus tôt. Ces deux-là devaient finir par se rencontrer un jour.
Hervé Crespy
MAGIC RPM  #37
article extrait de :
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