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Father, Son, Holy Ghost de Girls

chronique d'album
Grand minet devant l'éternel, freluquet aux émois démesurés, Christopher Owens s'étoffe de disque en disque, son timbre de crooner larmoyant toujours soutenu sans relâche par les soins magnifiques de Chet “JR” White. Le EP magistral de l'an passé, Broken Dreams Club (2010), ce petit trésor de générosité et de malice mélodique, était en fait une œuvre de transition : celle d'un groupe qui découvrait les immenses possibilités de son talent alliés aux moyens d'un relatif succès, mais aussi et surtout celle d'un songwriter qui se bâtissait une longévité après un premier Album (2009) à l'immédiateté passionnée. Ce deuxième LP vient ainsi asseoir ce besoin existentiel de s'établir dans la durée, et livre, en cinquante minutes d'éloquence mélodieuse, une prouesse musicale fantastique. On ne cache pas qu'elle apparaît un brin surprenante à la première écoute : déconcertant par une variété assumée (ce hard rock incandescent de Die qui surgit en troisième position, entre deux bluettes pop enflammées) et par des cassures de rythmes audacieuses (le tempo s'étire inexorablement sur la fin), le disque ne s'en révèle que plus fabuleux au fil des écoutes, dès lors que sa sève se dévoile.



La pochette parle pour elle-même. En affichant sans concessions ses slogans romantiques, c'est autour de Christopher et de sa voix que se construit l'album, autour de ses états d'âme et ses amours naïves. Chacune de ses phrases est un cri du cœur, chacun de ses vers vient des tripes et se dénude avec la sincérité des ingénus. S'il est miné d'angoisse (Die), s'il pleure son besoin d'être aimé (Vomit), il clame néanmoins son amour pour la terre entière, et tout le monde en reçoit plus que sa part : sa mère (My Ma, Honey Bunny), ses idylles diverses, imaginaires ou réelles (Alex, Jamie Marie), ses fans de toujours (Magic). Chantant littéralement avec son âme, Owens est avant tout un chanteur soul : on l'avait entraperçu sur Broken Dreams Club, c'est désormais manifeste ici, avec des digressions sublimes comme Love Like A River, R&B plus vrai que nature droit sorti des sixties. Car si les émotions sont si percutantes, c'est surtout parce qu'elles sont épaulées par une musique au millimètre, impeccable de précision et de justesse. On pourrait énumérer sans fin les dizaines de détails qui font mouche : la parenthèse alanguie au beau milieu de l'ouverture de Honey Bunny, la mélancolie tissée d'or fin de Saying I Love You et ses guitares qui se répandent en pizzicati (profitons-en au passage pour rendre hommage à la contribution de ciseleur hors pair du guitariste John Anderson, véritable Maurice Deebank des temps modernes), les chœurs féminins à la couleur terriblement Motown (My Ma, Vomit), sans oublier, bien sûr, ce parfait orgue Hammond qui s’impose lorsque les compositions prennent de l’ampleur (Jamie Marie).



Car il est question d’ampleur ici : le groupe déborde d’ambition, qui éclate le temps de deux sommets. Le premier, Alex, transforme l’essai du démarrage en trombe opéré par Honey Bunny. Tube FM assuré si la radio se préoccupait d’indie rock véritablement sensible, ses mélodies et sa poésie évidente touchent dans le mille : quand les arpèges déboulent, c’est aussi beau et taillé pour les foules que le  R.E.M. des débuts, rien de moins. Le second, Vomit, climax ultime, commence par quelques accords malingres égrenés sur un chant maladif, strié d'explosions soudaines, conjuguant tour à tour prestance implacable à la Suede et explosions bruitistes. Alors qu'on en reste tout pantelant, surgit le miracle, comme un rêve mouillé de Lawrence : feltienne à mourir, la guitare s'allie à l'orgue, s'élève doucement au-dessus des atermoiements de Christopher Owens, tandis que, portée par d'amples chœurs, une soliste gospel s'impose en flamboyant point final. Condensée en six minutes, se dévoile toute la majesté de Girls : l'amour et la grandeur, le classicisme à l'américaine allié à la préciosité britannique, la délicatesse des grands espaces.
Victor Thimonier
MAGIC RPM  #155


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wolfhound - 20/09/2011 17:09
Voix discordante : quelques beaux moments entourés de clichés éculés.
Là où Broken Dreams Club restait humble et équilibré, FSHG en fait des tonnes.
Vomit, c'est Archive s'épuisant sur la bête Pink Floyd !
julien - 18/09/2011 10:11
Le plus grand groupe de slows du monde !! A chialer de plaisir, pour nous les sentimentaux !
jackstrummer - 15/09/2011 09:09
Album géant, et j'en profite pour faire mon mea culpa, moi qui avais ici même exprimé ma déception à l'égard de leur dernier EP...Celui-là me réconcilie 1000 fois avec le groupe.
billybrown - 14/09/2011 13:22
Le plus beau, le plus grand groupe du moment ! Merci à eux, merci à vous.
rotofil - 14/09/2011 09:46
quel live !

http://www.latenightwithjimmyfallon.com/video/Girls:-My-Ma-%289/13/11%29/1355045