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A Brief History Of The Twentieth Century

archive mag mars 2004
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 GANG OF FOUR
A Brief History Of The Twentieth Century
(EMI)

Si un groupe touchait des royautés à chaque fois que son nom était cité par ses paires ou utilisé comme référence sous la plume d’un journaliste, il est à peu près certain que les membres (originaux, tout du moins) de Gang Of Four seraient devenus milliardaires au cours des vingt-quatre derniers mois. Sans trop pouvoir expliquer le pourquoi du comment (les toujours éducatives compilations et rééditions Soul jazz ne peuvent être les seules responsables), voici que depuis quelque temps une ribambelle de formations – celles qui comptent dans les milieux dits autorisés en tout cas – s’applique à singer, avec plus ou moins de bonheur, cette musique à l’époque surgie de nulle part. Ou plutôt de Leeds, dans le Yorkshire. Lors de l’été 1977, Dave Allen (basse), Hugo Burnham (batterie, chant), Andy Gill (guitare, chant) et Jon King (chant, melodica) réunissent leurs talents pour donner naissance à des compositions tout bonnement inclassables, rencontre imaginaire (et pourtant imaginé…) entre les Sex Pistols et Chic, jeux de construction abracadabrants faits de guitares tranchantes, de cassures rythmiques sur fond de discours nihilistes (Sartre est à ranger au rayon des influences), de satires sociales et autres oppressions sociétales.
    Avec un nom directement volé à l’histoire de la Chine communiste (dans un manuel approprié, se reporter au mois d’octobre 1976), le quatuor est bien décidé à mener sa révolution, qui sera donc avant tout musicale. Car dès le premier single, enregistré pour le compte de l’indépendant Fast Product, Gang Of Four pose les bases de ce qu’on qualifiera (faute de mieux ?) de punk funk (A Certain Ratio à Manchester, The Pop Group à Bristol ou The Slits à Londres font aussi partie de la mouvance) ou, dans leur cas, de “funk néo-marxiste”. Rien que ça. A Brief History Of The Twentieth Century est en fait la… réédition d’une réédition puisque cette compilation a originellement vu le jour à l’aune des années 90, déjà agrémentée de notes de pochettes signées du mélomane historien Greil Marcus (excusez du peu…). Mais, une fois n’est pas coutume, on ne se risquera pas à faire la fine bouche tant toute occasion de découvrir et de se familiariser avec l’univers iconoclaste de ces quatre Anglais est bonne à prendre. Et surtout minimise avec une force incroyable les récents travaux de The Rapture, LCD Soundsystem, Hot Hot Heat et consort. Il suffit d’écouter l’intro de Damaged Goods, le groove hypnotique de Return The Gift (tiens, un bon titre si quelqu’un a un jour l’idée d’organiser un album-hommage…), la ligne de basse de l’incandescent To Hell With Poverty pour avoir envie de crier au plagiat éhonté. Bien évidemment, le disque fait la part belle à la première période du groupe et aux deux premiers Lp’s (Entertainment!, en 1979, et Solid Gold deux années plus tard), œuvre de la formation originelle et considérés par d’éminents spécialistes comme les seuls points culminants de sa discographie. Car, après la démission de Allen, parti fonder Shriekback (le single My Spine Is The Bassline semble d’ailleurs une autre source intarissable d’inspiration), il paraîtrait que l’alchimie, rare, intense, s’est évaporée. Stop. C’est aller un peu vite en besogne. Au contraire, les trois survivants – rejoints par la bassiste Sara Lee – ont plutôt l’intelligence de ne pas sombrer dans la parodie, assouplissent leur approche sans perdre de leur mordant, s’initient à l’électronique qu’ils appliquent par touches discrètes et créent alors un son aussi inquiétant que dansant sur l’album Songs Of The Free, dont le contagieux I Love A Man In A Uniform et le rampant I Will Be A Good Boy symbolisent la quintessence. Dans le même ordre idée, il est toujours aussi intolérable aujourd’hui de constater le dédain accordé à Hard, disque imaginé par les seuls King et Gill après la défection de Burnham. Si la volonté initiale d’enregistrer avec le génial Nile Rogers (mais un certain David Bowie l’avait déjà réquisitionné quelque temps auparavant) n’a pu se concrétiser, cet album, et en particulier le soyeux Is It Love (avec chœurs féminins à l’appui) ou l’intrigant Womantown (dont on recommandera l’écoute à tout fan de Pulp qui se respecte), reste une des uniques réussites en matière d’electro-funk, toute époque confondue, et stigmatise un peu plus une volonté farouche de ne pas se répéter, de laisser libre cours à ses aspirations. Ce sera le chant du cygne de Gang Of Four (malgré une première reformation au début des 90’s, entachée de deux albums, Mall en 1991 et Shrinkwrapped en 1995, pour le coup décevants, suivie d'un retour aux affaires scéniques au XXIème siècle) dont le parcours – en termes d’évolution musicale uniquement – pourrait être comparé à celui de Joy Division/New Order, pour cette acuité artistique qui lui a permis d’imaginer et définir le futur. Ce qui, pour un groupe enfanté par un mouvement prônant le “no future”, n’est quand même pas le moindre des exploits.
Christophe Basterra

Christophe Basterra

magazine num 78 article extrait de :
MAGIC RPM #78


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