Si Saint Dymphna (2008) organisait le clash unique entre
expérimentations tribales et clarté pop synthétique, Gang Gang Dance s'expédie aujourd’hui dans le cosmos avec
autant de grâce que d'audace. À peine réveillés pour aborder Eye Contact, cinquième album épique, la chanteuse Lizzi Bougatsos et le claviériste Brian
Degraw distillent une poignée d'éléments pour mieux nous initier à leur singulière chimie. [Interview
Émilien Villeroy].
MANHATTAN
Lizzi Bougatsos : On habite à Manhattan, pas à Brooklyn comme il est écrit partout. Il faut que les gens arrêtent de croire ça !
Brian Degraw : Comme il n'y a pas de scène sur notre presqu’île, les gens nous rattachent toujours au grand marasme communautaire d’à côté.
LB : À nos débuts, on possédait un local à Brooklyn avec d'autres groupes comme Animal Collective, mais ils sont tous partis depuis. On connaît toujours quelques musiciens, mais c'est tout.
BD : J'imagine qu'il y a des musiciens à Manhattan, nichés dans leurs appartements ici ou là. Mais je ne peux t’en citer aucun pour être honnête. Les Yeah Yeah Yeahs sont également originaires du Lower East Side, mais ils doivent bien être les seuls. The Strokes, peut-être. (Rires.) Manhattan est un lieu étrange pour faire de la musique, mais ça nous plaît bien, étant bizarres nous-mêmes.
LB : Brooklyn me terrifie pour être honnête. C'est toujours noir de monde, avec que des loulous qui ont à peine la vingtaine. L'idée de prendre le métro pour y aller est un cauchemar pour moi, je ne le conseille à personne, je préfère encore traverser le pont à pied.
2000
BD : L'année de naissance de Gang Gang Dance. On se connaissait déjà bien avant. Tim (ndlr. Dewit, le batteur) et moi faisions de la musique depuis des années, d'abord à Washington puis à New York, et nous avons rencontré Lizzi là-bas. Le point de départ a été ce concert que nous avons donné en hommage à une amie galeriste décédée, durant lequel on a joué ses vieilles chansons datant des années 80.
LB : C'était le jour d'Halloween. J'ai enlevé mon pantalon à la fin !
BD : On s'est dit qu'il fallait qu'on continue après ça. Notre guitariste Josh (ndlr. Diamond) était ami avec Lizzi depuis les bancs de la fac.
LB : C'était quelqu'un de très gentil et il a rejoint le groupe rapidement après. Il tenait un café à l'époque et filait des sandwichs à tous les musiciens sans le sou, il organisait aussi des concerts chez lui. C'était un vrai microcosme, avec du free jazz, des musiques expérimentales. Cette atmosphère nous inspirait. On n’avait aucun objectif de carrière. Je ne pouvais toujours pas arriver à l'heure à nos concerts, parce que j'étais la seule à travailler tard, donc des gens chantaient à ma place en attendant que j'arrive ! Et on ne répétait jamais.
BD : Ça coïncidait avec tout ce retour du rock à New York. Je pense que c'est l'une des raisons pour laquelle on a formé un groupe : pour expérimenter. C'est bien après qu'on a commencé à structurer nos morceaux. Onze ans plus tard, nous sommes toujours là, ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui surfaient sur la vague rock à l'époque. Ce n'est pas une victoire, simplement la preuve que la patience finit par payer. Une lente ascension.
LABELS
LB : Passer de Warp à 4AD a été très naturel. Dès 2004, nous jouions souvent en Europe, mais ça devenait compliqué d'y aller sans aide locale. Notre public était toujours enthousiaste, l'ambiance fabuleuse, mais c'était très underground. Je n'arrivais plus à tourner dans ces salles pourries où il y avait des excréments dans les éviers et où l'on nous offrait simplement des lentilles en guise de repas. J'avais trente ans, je recherchais un peu plus de stabilité. Lorsque Warp a accepté de nous aider, ça a été très important. Puis le groupe a évolué, notre batteur Tim est parti, remplacé par Jesse Lee, on avait des nouveaux morceaux à enregistrer, et quand on a été approché par 4AD, l'opportunité nous a enthousiasmés.
BD : 4AD souhaitait ajouter une dimension visuelle sur scène, ce que les autres labels rechignaient à voir auparavant. On veut faire de nos concerts des expériences totales. Ce mariage des images avec la musique avait déjà abouti à notre DVD expérimental Retina Riddim (2007), et on réitérera l’expérience. D'ailleurs, j'ai beaucoup documenté nos dernières tournées et je possède des heures d'enregistrement.
MANHATTAN
Lizzi Bougatsos : On habite à Manhattan, pas à Brooklyn comme il est écrit partout. Il faut que les gens arrêtent de croire ça !
Brian Degraw : Comme il n'y a pas de scène sur notre presqu’île, les gens nous rattachent toujours au grand marasme communautaire d’à côté.
LB : À nos débuts, on possédait un local à Brooklyn avec d'autres groupes comme Animal Collective, mais ils sont tous partis depuis. On connaît toujours quelques musiciens, mais c'est tout.
BD : J'imagine qu'il y a des musiciens à Manhattan, nichés dans leurs appartements ici ou là. Mais je ne peux t’en citer aucun pour être honnête. Les Yeah Yeah Yeahs sont également originaires du Lower East Side, mais ils doivent bien être les seuls. The Strokes, peut-être. (Rires.) Manhattan est un lieu étrange pour faire de la musique, mais ça nous plaît bien, étant bizarres nous-mêmes.
LB : Brooklyn me terrifie pour être honnête. C'est toujours noir de monde, avec que des loulous qui ont à peine la vingtaine. L'idée de prendre le métro pour y aller est un cauchemar pour moi, je ne le conseille à personne, je préfère encore traverser le pont à pied.
2000
BD : L'année de naissance de Gang Gang Dance. On se connaissait déjà bien avant. Tim (ndlr. Dewit, le batteur) et moi faisions de la musique depuis des années, d'abord à Washington puis à New York, et nous avons rencontré Lizzi là-bas. Le point de départ a été ce concert que nous avons donné en hommage à une amie galeriste décédée, durant lequel on a joué ses vieilles chansons datant des années 80.
LB : C'était le jour d'Halloween. J'ai enlevé mon pantalon à la fin !
BD : On s'est dit qu'il fallait qu'on continue après ça. Notre guitariste Josh (ndlr. Diamond) était ami avec Lizzi depuis les bancs de la fac.
LB : C'était quelqu'un de très gentil et il a rejoint le groupe rapidement après. Il tenait un café à l'époque et filait des sandwichs à tous les musiciens sans le sou, il organisait aussi des concerts chez lui. C'était un vrai microcosme, avec du free jazz, des musiques expérimentales. Cette atmosphère nous inspirait. On n’avait aucun objectif de carrière. Je ne pouvais toujours pas arriver à l'heure à nos concerts, parce que j'étais la seule à travailler tard, donc des gens chantaient à ma place en attendant que j'arrive ! Et on ne répétait jamais.
BD : Ça coïncidait avec tout ce retour du rock à New York. Je pense que c'est l'une des raisons pour laquelle on a formé un groupe : pour expérimenter. C'est bien après qu'on a commencé à structurer nos morceaux. Onze ans plus tard, nous sommes toujours là, ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui surfaient sur la vague rock à l'époque. Ce n'est pas une victoire, simplement la preuve que la patience finit par payer. Une lente ascension.
LABELS
LB : Passer de Warp à 4AD a été très naturel. Dès 2004, nous jouions souvent en Europe, mais ça devenait compliqué d'y aller sans aide locale. Notre public était toujours enthousiaste, l'ambiance fabuleuse, mais c'était très underground. Je n'arrivais plus à tourner dans ces salles pourries où il y avait des excréments dans les éviers et où l'on nous offrait simplement des lentilles en guise de repas. J'avais trente ans, je recherchais un peu plus de stabilité. Lorsque Warp a accepté de nous aider, ça a été très important. Puis le groupe a évolué, notre batteur Tim est parti, remplacé par Jesse Lee, on avait des nouveaux morceaux à enregistrer, et quand on a été approché par 4AD, l'opportunité nous a enthousiasmés.
BD : 4AD souhaitait ajouter une dimension visuelle sur scène, ce que les autres labels rechignaient à voir auparavant. On veut faire de nos concerts des expériences totales. Ce mariage des images avec la musique avait déjà abouti à notre DVD expérimental Retina Riddim (2007), et on réitérera l’expérience. D'ailleurs, j'ai beaucoup documenté nos dernières tournées et je possède des heures d'enregistrement.