L'été, c'est le Fort de Saint-Père, un lieu vaste et excentré. L'excitation de la foule disparate grandit à ciel ouvert, les inhibitions des milliers s'évaporent à mesure que la fatigue gagne, et les plus arrachés dégoupillent avec naturel. L'hiver, c'est l'Omnibus, une salle de taille moyenne sise à Saint-Malo même, blindée de spectateurs plus spécialisés. Deux jours d'agapes scéniques (si l'on omet les diversions du jeudi à Rennes et du dimanche à la Chapelle Saint-Sauveur) pour un tour de chauffe studieux, au diapason d'une saison qui incite au blotissement. Voici quelques impressions en provenance de cette Route du Rock, Collection Hiver 2011. La galerie complète de photos est à visiter sur notre blog. [Photographies Fabien Le Gourrierec / Texte Petit Dragon].
> WYE OAK
Débarqués en catastrophe pour suppléer Junip – les Suédois étant excusés car leur leader José González est en souffrance –, Andy Stack et Jenn Wasner ont tenu leur rang avec une bruyante maîtrise. Là où la formule guitare-batterie incline souvent les tandems concernés à défourailler de façon primale, les deux artistes du Maryland font preuve d'un sens du contraste remarquable. Leur americana burnée, qui ne dépareillerait pas au sein de l'écurie Secretly Canadian/Jagjaguawar, s'étire avec langueur avant de rugir par éclair.
On pense parfois aux troupes canadiennes qui font tonner ce même folk-orageux, de Ladyhawk à Swearing At Motorists. Jenn use de ses pédales pour faire du bruit comme cinquante loubards grunge, et grimpe sur le tas de terre électrique ainsi formé pour nous brailler dessus avec une douceur incendiaire. Andy la scrute attentivement depuis ses fûts et ses binocles rondelettes, le dos aussi arrondi que le visage de sa copine. Une formation loin d'être décisive tant le pré-carré arpenté a été maintes fois défriché, mais pour un remplaçant de dernière minute, c'est tip top.
> TU FAWNING
On ne connaissait que peu de choses sur Tu Fawning avant de voir la blonde chanteuse Corrina Repp et son acolyte Joe Haege (Menomena) afficher leurs grands airs sur la scène de l'Omnibus. Mais les accents dramatiques de Corrina, la noire distorsion de sa guitare, la rythmique élaborée de Joe, ou le cuivre et les notes de piano alarmistes des autres auront tôt fait de nous présenter en grande pompe – funèbre (kikoolol) – leur univers singulier. Aussi originale soit-elle, la tragédie immerge difficilement le spectateur. Comme une narration à suspense qui se perdrait dans un trop-plein d'intrigues et de coups de théâtre, les chansons s'articulent autour de crescendos laborieux qui tardent à libérer leur intensité ou s'attardent sur des divagations creuses.
L'emphase apparaît alors survendue et l'attention s'égare, ne retenant que quelques flashs de bravoure, ou pire, se concentrant sur la diction ampoulée de Corrina et le maniérisme accompli de ses partenaires. Comme du Portishead d'avant-guerre, la free-dark-pop alambiquée de Tu Fawning théâtralise à outrance mais n'anime réellement la scène qu'en de rares occasions.
> DEAN WAREHAM PLAYS GALAXIE 500
Dean Wareham... et Britta Philipps ! Voilà qui rajoute une once de charme à une affaire déjà bien engageante puisqu'elle consiste à ranimer vingt ans plus tard les salves lancinantes de Galaxie 500, le groupe que Dean Wareham mena à la fin des années 80 le temps de trois albums, avant de s'ébrouer au sein de Luna ou des bienheureux Dean & Britta. "And I can be there when you're sleeping/And I can be inside your dreams"... Dès l'introducif Flowers, le couple magnétise l'assistance sans l'ombre d'un effort, la faute à des chansons d'excellence, à des valses en clair-obscur qui combinent évanescence et incarnation, brume et point d'horizon, l'incendie et la fumée.
La voix, invariablement parfaite, pousse les plaintes incisives de pépé Neil Young dans les orties de larsens qui éraillent l'ambiance avec une précision exemplaire (Final Day ou le terminal Fourth Of July, du tonnerre de très haut volt). L'exécution est parfaite, presque trop pépère, comme l'allure d'un Dean Wareham occupé à maintenir impassible le visage qui surplombe son corps tout gamin. Britta est souveraine, sérieuse et attirante. Elle donne dans le sublime lorsqu'elle entonne Listen The Snow Is Falling seule, d'une voix profonde qui caresse l'os. Avec le temps, les morceaux de Galaxie 500 ont gagné en clarté et en matière frondeuse ce qu'ils ont perdu en substance vaporeuse et subsersive. Une évolution à admirer lorsque la plupart des formations sur le retour se contentent de reproduire péniblement leurs exploits d'antan, y ajoutant simplement la lourdeur du temps passé à s'engraisser.
> COLD WAR KIDS
Que dire... À l'image des biscotos extra larges de Nathan Willett, les Américains ont fait péter du rock surgonflé. Les émotions sont surlignées à la mine lyrique, les musiciens se la donnent comme des carnivores de stades, et bibi de se sentir comme la manche de tricot de Nathan : trop court pour supporter pareil bordel irritant. Du travail de pro, cela dit.
> DISAPPEARS
La moitié du groupe a l'air complètement cramé, comme une bonne partie de ses chansons. De longues plages semi-chantées qui lorgnent vers un krautrock-psyché-boogie propre à vous mettre la tête dans le seau de psychotropes, la répétition du geste vous filant la nausée hypnotique. Suer sa frustration par tous les pores et exhaler des bouffées d'euphorie artificielle, c'est ça sait qu'il faut avant d'aller faire dodo.
> WYE OAK
Débarqués en catastrophe pour suppléer Junip – les Suédois étant excusés car leur leader José González est en souffrance –, Andy Stack et Jenn Wasner ont tenu leur rang avec une bruyante maîtrise. Là où la formule guitare-batterie incline souvent les tandems concernés à défourailler de façon primale, les deux artistes du Maryland font preuve d'un sens du contraste remarquable. Leur americana burnée, qui ne dépareillerait pas au sein de l'écurie Secretly Canadian/Jagjaguawar, s'étire avec langueur avant de rugir par éclair.
On pense parfois aux troupes canadiennes qui font tonner ce même folk-orageux, de Ladyhawk à Swearing At Motorists. Jenn use de ses pédales pour faire du bruit comme cinquante loubards grunge, et grimpe sur le tas de terre électrique ainsi formé pour nous brailler dessus avec une douceur incendiaire. Andy la scrute attentivement depuis ses fûts et ses binocles rondelettes, le dos aussi arrondi que le visage de sa copine. Une formation loin d'être décisive tant le pré-carré arpenté a été maintes fois défriché, mais pour un remplaçant de dernière minute, c'est tip top.
> TU FAWNING
On ne connaissait que peu de choses sur Tu Fawning avant de voir la blonde chanteuse Corrina Repp et son acolyte Joe Haege (Menomena) afficher leurs grands airs sur la scène de l'Omnibus. Mais les accents dramatiques de Corrina, la noire distorsion de sa guitare, la rythmique élaborée de Joe, ou le cuivre et les notes de piano alarmistes des autres auront tôt fait de nous présenter en grande pompe – funèbre (kikoolol) – leur univers singulier. Aussi originale soit-elle, la tragédie immerge difficilement le spectateur. Comme une narration à suspense qui se perdrait dans un trop-plein d'intrigues et de coups de théâtre, les chansons s'articulent autour de crescendos laborieux qui tardent à libérer leur intensité ou s'attardent sur des divagations creuses.
L'emphase apparaît alors survendue et l'attention s'égare, ne retenant que quelques flashs de bravoure, ou pire, se concentrant sur la diction ampoulée de Corrina et le maniérisme accompli de ses partenaires. Comme du Portishead d'avant-guerre, la free-dark-pop alambiquée de Tu Fawning théâtralise à outrance mais n'anime réellement la scène qu'en de rares occasions.
> DEAN WAREHAM PLAYS GALAXIE 500
Dean Wareham... et Britta Philipps ! Voilà qui rajoute une once de charme à une affaire déjà bien engageante puisqu'elle consiste à ranimer vingt ans plus tard les salves lancinantes de Galaxie 500, le groupe que Dean Wareham mena à la fin des années 80 le temps de trois albums, avant de s'ébrouer au sein de Luna ou des bienheureux Dean & Britta. "And I can be there when you're sleeping/And I can be inside your dreams"... Dès l'introducif Flowers, le couple magnétise l'assistance sans l'ombre d'un effort, la faute à des chansons d'excellence, à des valses en clair-obscur qui combinent évanescence et incarnation, brume et point d'horizon, l'incendie et la fumée.
La voix, invariablement parfaite, pousse les plaintes incisives de pépé Neil Young dans les orties de larsens qui éraillent l'ambiance avec une précision exemplaire (Final Day ou le terminal Fourth Of July, du tonnerre de très haut volt). L'exécution est parfaite, presque trop pépère, comme l'allure d'un Dean Wareham occupé à maintenir impassible le visage qui surplombe son corps tout gamin. Britta est souveraine, sérieuse et attirante. Elle donne dans le sublime lorsqu'elle entonne Listen The Snow Is Falling seule, d'une voix profonde qui caresse l'os. Avec le temps, les morceaux de Galaxie 500 ont gagné en clarté et en matière frondeuse ce qu'ils ont perdu en substance vaporeuse et subsersive. Une évolution à admirer lorsque la plupart des formations sur le retour se contentent de reproduire péniblement leurs exploits d'antan, y ajoutant simplement la lourdeur du temps passé à s'engraisser.
> COLD WAR KIDS
Que dire... À l'image des biscotos extra larges de Nathan Willett, les Américains ont fait péter du rock surgonflé. Les émotions sont surlignées à la mine lyrique, les musiciens se la donnent comme des carnivores de stades, et bibi de se sentir comme la manche de tricot de Nathan : trop court pour supporter pareil bordel irritant. Du travail de pro, cela dit.
> DISAPPEARS
La moitié du groupe a l'air complètement cramé, comme une bonne partie de ses chansons. De longues plages semi-chantées qui lorgnent vers un krautrock-psyché-boogie propre à vous mettre la tête dans le seau de psychotropes, la répétition du geste vous filant la nausée hypnotique. Suer sa frustration par tous les pores et exhaler des bouffées d'euphorie artificielle, c'est ça sait qu'il faut avant d'aller faire dodo.













