"Salut mon bichon,
J’ai voulu en parler avec toi ce matin, à la maison, mais tu es parti trop vite. Je t’envoie donc ce mail. En fait, depuis quelque temps, je m’ennuie, j’ai envie de briser le train-train, d’expérimenter. Et puis, il y a ce disque que j’écoute sans arrêt, Curses, des Gallois de Future Of The Left (les anciens Mclusky). Voilà, pour être claire, j’aimerais que tu me prennes comme ces gars-là jouent du rock’n’roll. Salement, brutalement, sans pérorer. J’aimerais sentir ta sueur comme eux sentent le houblon et le sang. Je voudrais que tu puisses t'acharner sur mon corps comme eux tourmentent leurs instruments. J’adorerais que tu me parles avec la même hargne insolente que celle du féroce Andrew Falkous lorsqu’il déblatère ses paroles tordantes. Cesse de me traiter comme une héroïne, injecte-la plutôt dans ton bras. Que nos ébats deviennent aussi raides, barbares et abrupts que The Lord Hates A Coward ou Small Bones Small Bodies. Ces riffs préhistoriques hachés comme à la boucherie… Là, je sais ce que tu vas me dire. Qu’il faut être deux pour ça, que je ne suis pas exempte de tous reproches, et que, de plus, ce disque n’est qu’une resucée de ce que fut la rossée définitive Do Dallas (2002) de Mclusky. Certes, mais il est encore plus vulgaire (ce que je te promets d’être aussi). Sans peur de choquer, sans souci de plaire. Plus jouissif que le fantasme de la dépravation n’est-il pas le plaisir de s’y vautrer ? Je ne te demande pas non plus d’agir comme un criminel, ce cirque animal n’excluant pas un soupçon de sensualité, comme l’étincelle éponyme Suddenly It’s A Folk Song, la scansion vocale euphorique My Gymnastic Past, ou le final pianoté et émouvant The Contrarian. Autant de titres qui prouvent que ce branle-bas bruitiste n’est que l’ex-croissance jusqu’au-boutiste de talents indéniables. Enfin, voilà, j’espère que tu me comprends. On en rediscute ce soir, à la maison. Je dois te laisser.
Je t’aime.
Anna".