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Tels des Boards Of Canada de l’ère post-electronica, les Fuck Buttons ont atteint en une toute petite poignée d’années un rang étonnamment haut perché dans la cervelle fulminante du geek affamé de boum tchak lettré. Pourquoi ça, dites-vous ? Parce que Street Horrrsing(2008), un premier album d’esthètes et d’effroi qui modifiait le code génétique de l’IDM en substituant aux gênes de l’intelligence, d’irréversibles séquelles industrielles. Parce que ATP Recordings, un label nimbé de l’aura sacrée qui émane du All Tomorrow’s Parties, l’un des festivals les plus parfaits de ce siècle. Parce que des exactions scéniques littéralement assourdissantes. Parce que le single Colours Move qui accueillait sur sa face B un remix de Sweet Love For Planet Earth par Andrew Weatherall, le ponte de l’ondoyance indie venu "dancifier" les textures misanthropes phosphorées par Andrew Hung et Benjamin John Power. Et c’est à ce même croisement des genres, entre bruitisme machinal et hédonisme ascensionnel, que règne Tarot Sport. Où la distorsion s’avère moins terrorisante qu’à l’origine, mais où le beat devient d’autant plus extasiant. Sur le précédent essai, Bright Tomorrow avait déjà laissé entendre les ruminements de la créature en gestation, mais dès l’ouverture de ce deuxième album produit par Weatherall en personne, Surf Solar se charge d’en déployer la carcasse dans toute sa vertigineuse envergure. V’là la bidule unique qui dégueule onze minutes durant sa lave électronique.

V’là le monstre indocile qui napalmise tout ce qui se présente sur son passage, de la techno indus la plus primale au cisèlement des bleeps le plus millimétré, jusqu’à la jouissance clubbing la plus immédiate. V’là la bête rarement aperçue qui ingurgite d’entrée l’auditeur, le mâche puis le régurgite tel un pantin désarticulé. Une pauvre victime qui ne peut durant les trois quarts d’heure suivants que s’assujettir au mouvement et en subir les outrages.
Rough Steez le fait danser une java folle à lier sur le gros bidon de Dan Deacon. The Lisbon Maru, Olympians et Space Mountain le privent d’Oxygène en le faisant décoller jusqu’aux cieux synthétiques de M83 pour leur faire parvenir la déclaration de guerre de Mogwai. Phantom Limb lui troue le cerveau avec les tournevis de Black Dice et y verse de l’acide avec un entonnoir prêté par Aphex Twin. Pour parfaire l’heptathlon sensoriel, les dix minutes de Flight Of The Feathered Serpent lui font revivre l’expérience en accéléré, telle une kermesse terminale qui filtre les décharges spectrales de My Bloody Valentine via les infrabasses d’une free-party lunaire. Le concassage est total, les références s’accumulent, s’augmentent puis s’évanouissent dans un tourbillon effréné. À la fois tellement difficile à décrire, et si simple à étiqueter. Une dernière tentative ? Alors, disons que Tarot Sport, c’est comme si Spiral Tribe se faisait "poutrer" par les drones de Sunn O))) dans une backroom de l’Haçienda.

Jean-Francois Le Puil
MAGIC RPM  #137


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