Quelques semaines à peine après la sortie de l'album de Four Tet, Kieran Hebden revient déjà avec un nouvel album de Fridge, le meilleur groupe de post-rock anglais du monde. Après être passé chez Go Beat le temps de son deuxième album EPH il y a presque trois ans, et de se faire logiquement licencier à l'instar d'Arab Strap, Fridge atterrit aujourd'hui chez Domino. En réponse aux expérimentations organiques venues de Chicago (Tortoise en tête), ces trois Britanniques ont su convaincre sur la longueur, organisant leurs morceaux comme des châteaux de cartes, faisant de la répétition une arme convaincante contre les vagues qui détruisent implacablement les châteaux de sable. Sur EPH, on croisait l'ombre assourdissante de Pink Floyd, on se retrouve ici face à des édifices beaucoup plus intimes et discrets. Mais, sous n'importe quelle appellation, la musique digère ici ses influences avec une finesse, une discrétion et une maîtrise qui touchent au sublime. On décèlera donc, une fois de plus, l'influence en filigrane des travaux ethno-rythmiques de la paire Eno/Byrne (Drum Machines & Glockenspiel, treize minutes d'errance rêveuse dans la brousse, les pieds dans les marécages). Tous les morceaux sont d'ailleurs intitulés en fonction de leur contenu (l'impeccable Tone Guitar & Drum Noise). Sous cet aspect un peu abrupt se dévoilent à nouveau d'inéluctables trésors instrumentaux.