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Interview 2007 de French Cowboy

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Federico Pellegrini est devenu insatiable. Alors qu'un nouvel album de French Cowboy, en compagnie de la ravissante Lisa Li-Lund, est sur le point de voir le jour, retour sur la sortie d'un premier album fondateur, Baby Face Nelson Was A French Cowboy.
Par Franck Vergeade, in magic #115


Après le split des Little Rabbits, en 2005, imaginais-tu repartir, un jour, en groupe ?
Je ne m’étais pas projeté dans l’avenir parce que la fin des Rabbits a été paradoxale, constituant à la fois un moment pénible et un véritable soulagement. Je me suis surtout mis à écrire plein de chansons, simplement à la guitare sèche. J’étais en état d’urgence de composer.

Certaines de ces chansons ont-elles débouché sur l’album enregistré avec Helena Noguerra et paru l’an dernier sous l’identité de Dillinger Girl & “Bay Face” Nelson ?
Au départ, j’avais envisagé de le faire avec Stéphane (ndlr. Louvain, le guitariste de French Cowboy), dans un esprit à la Simon & Garfunkel. Car sa voix se complète bien avec la mienne. J’avais envie d’enregistrer un disque qui ne coûte pas cher, quitte à le vendre par correspondance en format Cd-R. Il fallait que je passe vite à autre chose, à la manière d’un mec qui vient de se faire larguer par sa copine et couche avec la première fille venue : soit pour se salir, soit pour se laver. (Sourire.) Je voulais à tout prix éviter de ressasser le passé.

À la sortie de Bang! (2006), tu faisais part d’une certaine frustration de ne pas interpréter tes propres morceaux.
En effet, je n’étais que la deuxième voix. Pour French Cowboy, je souhaitais faire chanter mes trois comparses et musiciens, surtout Gaëtan (ndlr. Chataignier, le bassiste) et Éric (ndlr. Pifeteau, le batteur). Car je suis absolument convaincu que tout le monde est un peu chanteur, et je le vérifie tous les jours. Il suffit juste de trouver la bonne tonalité, à partir d’un mot qui va désinhiber la personne. Le travail des voix me passionne. D’ailleurs, je prépare un autre projet avec trois ou quatre filles de mon entourage. J’ai toujours aimé les harmonies vocales dans des groupes comme The Housemartins ou, actuellement, The Polyphonic Spree.

AMBIGUÏTÉ
Avais-tu défini un cadre musical précis ?
Mon idée initiale était de publier des chansons évidentes, sans qu’elles ne soient trop orchestrées. Le temps passant, certaines ont perdu de leur aspect squelettique et sont devenues plus étoffées. Ce parti pris nous garantissait d’enregistrer vite, car sur les derniers albums des Little Rabbits, on avait perdu trop de temps et d’énergie en la matière. On multipliait les possibilités de mixage et les compositions finissaient parfois par perdre de leur âme. Je veux désormais aller aussi vite que ma pensée. C’est grotesque de passer des années sur un seul album. Même si quelques chansons restent, la musique est jetable – l’auditeur papillonnant d’un disque à l’autre. Il ne faut surtout pas croire qu’on invente quelque chose ou aspirer à une pseudo-recherche musicale. Je sais que je ne serai jamais un précurseur de son. D’autant que je sous-utilise tout ce que j’utilise. (Sourire.)

N’y a-t-il pas une contradiction entre le nom singulier de French Cowboy et sa formation plurielle ?
Je reconnais volontiers une certaine ambiguïté. Mais c’est autant mon projet personnel qu’une histoire à quatre.

Comment s’est opérée la sélection des titres par rapport à ceux figurant déjà sur Bang! ?
Ce fut un travail assez complexe. D’autant que les garçons étaient souvent en tournée avec Katerine. On avait ainsi du mal à se retrouver tous ensemble. Parfois, j’ai dû me débrouiller seul pour finir des morceaux. Au final, il s’est passé deux ans pendant lesquels il n’a pas fallu trop se disperser. J’ai aussi pris garde à ne pas retomber dans certains travers. Le mixage à Tucson, avec Jim Waters, a été une étape décisive pour l’unité de l’album. J’en garde le souvenir de quinze jours glorieux. (Sourire.)

À ce propos, était-ce inenvisageable de ne pas faire appel au producteur historique des Little Rabbits ?
Mon amitié avec Jim est inestimable. On s’adore et l’on se marre tout en travaillant… On fonctionne comme un vieux couple. (Sourire.) Je le laisse officier derrière la table mixage, et je me permets de lui faire une remarque au moment opportun. Il me tire sans cesse vers le haut, et il est toujours partant pour de nouvelles expérimentations. Quand je lui faisais part de mes craintes sur l’éparpillement du disque, Jim savait me rassurer, en insistant sur le fait que les chansons étaient jouées par le même groupe, écrites et composées par moi. J’aime bien sa simplicité de pensée. Il n’est ainsi pas gêné d’entendre l’Hymne À La Baise dans un disque à tendance folk américain.

MÉTHODE ASSIMIL
Une Amérique fantasmée est-elle précisément la source d’inspiration de l’album ?
Je considère que ma musique n’est pas seulement héritée du folk américain classique, car je le filtre dans un tamis français, sinon européen. Adolescent, j’ai été élevé autant par les Violent Femmes que par The Smiths. Ces groupes résument bien les deux versants (acoustique et électrique) du disque.

Comment as-tu élaboré son tracklisting ?
Cet été, je suis parti en vacances pendant un mois en Espagne. J’en ai donc profité pour laisser l’album de côté. Mais quand je l’ai écouté dans son premier ordre final, j’ai passé toute la nuit à ruminer. Dès le lendemain, j’y ai apporté des modifications parce que je ne voulais rien négliger si près du but.

À travers le blog du magazine Kostar (www.lespolypodes.com/dotclear2), tu as donné à entendre, sous le pseudonyme de Radio Frankie Bono, des reprises de The Smiths, Amy Winehouse, Grandaddy ou encore The Clash.
Le but était d’enregistrer quatre morceaux en une seule journée. Je choisissais les titres, puis je cherchais les paroles sur Internet, et enfin j’adaptais les chansons à partir d’une guitare et d’un mélodica. C’est un excellent exercice. De toute façon, lorsque j’aime un groupe, je ne peux pas m’empêcher de chanter par-dessus. J’avoue que ce doit être pénible d’écouter des disques avec moi. (Sourire.) Pour la scène, ce serait peut-être bien de reprendre un morceau de Grandaddy, un groupe énorme qu’en bon blaireau, je n’ai découvert qu’il y a un an et demi… (Sourire.)

Tu composes à la maison ?
Essentiellement, car je n’ai aucune contrainte horaire. Quand je prends ma guitare, j’ai besoin d’enregistrer dans l’instant. J’aime cette spontanéité du passage de l’écriture à l’enregistrement.

Les deux titres en français, Dis-Moi et Hymne À La Baise, annoncent-ils une évolution possible de French Cowboy ?
Pas spécialement, mais c’est important d’avoir des chansons en français à la sortie d’un album en France. Mine de rien, l’auditeur comprend plus facilement ce que tu chantes. Bien sûr, les textes sont moins poétiques qu’en anglais. Dès que j’aurais fini ma méthode Assimil, je me lancerais dans l’écriture en italien. La langue est prépondérante de la musique. Tu ne peux pas te permettre les mêmes choses en français qu’en anglais. J’imagine qu’il en est de même en italien, sans passer non plus pour un pâle imitateur d’Umberto Tozzi. (Sourire.)

La sortie de Baby Face Nelson Was A French Cowboy sur votre propre label, Havalina Records, est-elle un retour aux sources, à l’époque où les Little Rabbits éditaient la fameuse cassette bleue ?
Ça ne mangeait pas de pain de fabriquer cinq cents cassettes. (Sourire.) Chez Virgin et Barclay, on a vécu tellement de frustrations, notamment sur les ventes à l’étranger. Il y avait une lenteur d’exécution, inhérente au fonctionnement des majors. On s’est interrogé sur le meilleur moyen de sortir notre album. Après une période de valse-hésitation, on a décidé de monter notre propre structure, au printemps dernier. On s’en sentait enfin capables, peut-être est-ce aussi une question d’âge et de maturité.

Quels sont tes derniers disques de chevet ?
White Chalk de PJ Harvey, un album troublant que j’écoute en boucle. J’aime bien aussi The Bird Of Music d’Au Revoir Simone, trois filles qui renvoient quelque chose d’un peu catho. (Sourire.) Sinon, Charlotte Marionneau (ndlr. alias Le Volume Courbe) m’avait filé le disque d’Amy Winehouse, Back To Back, bien avant qu’elle ne cartonne en Angleterre. Cette fille a une sacrée voix.

Comment envisages-tu la suite de French Cowboy ?
J’imagine plein de suites. D’ailleurs, on pourrait appeler French Cowboy d’autres formules possibles, en duo par exemple. Actuellement, j’accumule des titres qui sont du même acabit que l’album. J’aimerais également sortir un disque de berceuses pour Noël. La structure Havalina permet une grande souplesse et de varier les plaisirs.

Franck Vergeade
MAGIC RPM  #115


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