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Inherit

archive mag juin 2008
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Pourquoi un nouvel album de Free Kitten après onze ans d’abstinence discographique ? Car en plus d’être attendu au tournant par à peu près personne ou tout juste une poignée de fans à travers le monde, le projet parallèle imaginé au début des années 90 par les icônes new-yorkaises du rock indépendant Kim Gordon et Julie Cafritz (ex-Pussy Galore) n’a jamais eu bonne presse. Trop bruitiste pour les uns, inconsistant pour les autres, il est vrai que ce duo de chattes sauvages, rapidement rejointes par Mark Ibold à la basse (Pavement) et la surdouée Yoshimi à la batterie (Boredoms, OOIOO), avait de quoi en rebuter plus d’un sur le dérangeant et distordu Unboxed (1993), acte de naissance aux guitares et aux voix fracassées. Projet récréatif au bon sens du terme, Free Kitten débarquait au moment même où Sonic Youth atterrissait chez une major, comme pour rappeler ses racines no wave et souffler sur les braises d’un retour au désordre. Nice Ass (1994) et surtout Sentimental Education (1997) présentaient une forme d’aboutissement en appliquant un semblant de structure mélodique à ce punk féministe dissonant. Inherit s’inscrit dans cette lignée de disques sauvages, mais l’agressivité rigolarde d’hier peut désormais donner lieu à de longues rêveries expérimentales : si Kim et Julie se partagent comme à leur habitude deux formes d’écritures complémentaires entre violence et candeur, ce quatrième opus dérive en état de semi-conscience vers l’improvisation. Quand l’une ânonne d’étranges paroles à la lisière du spoken word méditatif sur l’entêtant Surf’s Up avec la guitare bluesy de Jay Mascis en accompagnement de choix, l’autre s’élance à brides abattues sur Bananas (avec la batterie lourde dudit Jay Mascis) et crache des invectives riot grrrls avec ce ton adorable de teenager furibarde. Ce n’est pas tant la radicalité de Inherit qui impressionne encore aujourd’hui (pour Free Kitten c’est toujours un mot d’ordre), mais plutôt la mélancolie inédite dont se parent les guitares erratiques de ces femmes en fuite. “Girls on the run”, gémit Kim Gordon sur le ténébreux The Poet avec la même conviction glaçante que sur Brave Men Run, un des plus beaux titres enregistrés par Sonic Youth à l’époque de Bad Moon Rising (1985). À bien y réfléchir, ce gang de chatons libertaires n’a pas tant changé que ça en dix ans et s’il se laisse maintenant caressé les yeux fermés, attention aux coups de griffes qui n’ont rien perdu de leur tranchant.

Thomas Bartel

magazine num 121 article extrait de :
MAGIC RPM #121


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