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Petit détour par l’habillage, parlons chiffons : il y a quelque chose de tout à fait irritant dans la façon dont Fredo Viola se présente à nous, dans ce mélange de posture, de pose et de marketing esthétisant. Voyez comme je suis singulier, oyez cette audace musicale, admirez ces visuels baroques et chatoyants, étonnez-vous car je suis le mystère des voix bulgares à moi seul et je le prouve, je le filme. Sur ses vidéos, qui extasient la blogosphère depuis quelque temps et accompagnent en DVD ce premier album, le jeune Américain apparaît en split-screen, filmé autant de fois qu’il y a de couches dans ses mille-feuilles sonores.

Une prise, une ligne de chant. Le petit effet de sidération visuelle passé, on se dit que c’est juste comme ça qu’on enregistre des disques en studio depuis le milieu du XXe siècle : le plus souvent prise par prise, piste par piste, instrument par instrument. Ces images insistent hélas sur le côté laborieux et faussement expérimental de l’entreprise. Restons plutôt concentrés sur ce que The Turn a à offrir en chansons, c’est suffisant. Car souvent Fredo Viola sonne comme les Beach Boys à lui tout seul, réactivant les constructions un peu tordues mais limpides et mélodieuses de Pet Sounds (1966) et surtout Smile. Cascades d’harmonies vocales, chant acrobatique, synthétiseurs, guitare très discrète, solide rythmique, flûte et xylophone propulsent une demi-douzaine de chansons au firmament de la pop baroque.

Friendship Is, Red States, Risa, Robinson Crusoe et Puss sont des petits joyaux à réécouter inlassablement, précieux parce que l’Américain s’y montre humble et fidèle à une écriture pop simple et structurée. Mais quand il enveloppe sa voix d’un halo sacré ou surligne ses intentions novatrices, le chanteur perd un peu les pédales et vire pédant : pour une réussite touchante (The Sad Song, pourtant à la limite de l’emphase), il faut subir des onomatopées pipeau et des dérapages vers une sorte de rock progressif pompeux. Et là attention, c’est Fredo, les griffes de l’ennui.
Vincent Théval
MAGIC RPM  #129


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