Dans un contexte mondial et hexagonal favorable au recyclage des sonorités glam et synthétiques, François-Olivier Nolorgues réalise ce premier album en forme de passage à l'acte, en compagnie de quelques acolytes triés sur le volet (Éric Jeanne et Philippe Zavriew). Il serait cependant injuste de reprocher à cet "ex-fan des 80's" un quelconque opportunisme tant ce projet apparaît comme l'aboutissement tardif et longuement mûri de fantasmes adolescents accumulés pendant bien des années. Là où tant d'autres se sont contentés, passés un certain âge, de détourner leur regard loin du mur de leur chambre d'ado où sont restés collés les vieux posters de Soft Cell et de The Cars, Nolorgues est courageusement resté fidèle à ses rêves et ses goûts de l'époque. Et décroche ici les silhouettes de ses idoles pour les coller sur des supports cartonnés et jouer ainsi à la star en leur compagnie. Mélodies engageantes, synthés vintage, rythmiques entêtantes et guitares croustillantes : rien ne manque à l'appel au moment de plonger dans ce grand bain de nostalgie et d'euphorie, jusqu'à la caution esthétique de Jean Karakos, spécialiste incontestable de l'electro pop 80's pour avoir dirigé, à l'époque, le label Celluloïd, et qui accueille aujourd'hui Frantic sur une nouvelle structure, Suave. Sur le fond, cet album à la fois naïf et roublard, savant et spontané, séduit par son sens de l'autodérision et de la distance. Jusqu'au-boutiste dans ses prises de position esthétiques, ne rechignant pas à flirter avec le mauvais goût, Nolorgues évite heureusement l'esprit de sérieux et multiplie dans ses textes les clins d'oeil à l'auditeur et à son propre passé de dandy ("I was a king/The one and only name dropper/I knew fairly well Nick Sirkis and Bob Palmer/A pretty follower"). Avec la pudeur qu'autorise l'humour, Frantic parvient à rendre passionnante cette déclaration d'amour sincère et touchante, adressée aux grandes figures d'une forme musicale dont on n'a pas fini de célébrer la modernité.