En kiosque actuellement Commander

Les portraits de l'année - 21/12/10 de François Virot

interviews
Le mois de décemb' venu, l'heure des bilans carillonne à tous les étages. Vous connaissez déjà une partie de notre tableau d'honneur 2010, le détail restant à découvrir dans notre Hors-série 365 Chroniques actuellement en kiosque. Là où vous trouverez les portraits de nos dix personnalités de l'année, d'Arnaud Fleurent-Didier à Peter Milton Walsh en passant par Jamie Harley, Alex Chilton, Owen Pallett ou... François Virot ! Voici le profil nourri de l'artisan inclassable. [Article Michaël Patin].

Par les temps qui courent, être comparé à Animal Collective peut faire figure d'atout promotionnel non négligeable. François Virot ne s'en défend pas, mais s'en fiche assurément plus que tous ceux qui lui collent l'étiquette depuis son premier (et unique) album solo (Yes Or No, 2008). Ce garçon vit à Lyon, no man's land de l'indie folk pop rock, préfère les squats aux lieux branchés, ne revendique aucune éducation artistique (“Je n'ai jamais pris de cours ou quoi que ce soit, j'ai toujours détesté l'école et toute autre forme d'autorité”, nous confiait-t-il récemment), et joue sa musique au lieu de la penser, sans répit puisque la précarité l'inquiète moins que la perspective de se compromettre dans un travail alimentaire.

Étranger au milieu dans lequel on souhaiterait le ranger, sourd aux normes bienséantes d'écriture et de production, il ne doit finalement sa réussite qu'à sa passion et son acharnement. S'il figure aujourd'hui parmi nos personnalités 2010, c'est qu'il est parvenu à signer deux albums essentiels dans la même année, un exploit impensable sans une bonne dose d'inconscience ou… une absolue liberté. Le plus abouti est Comfortable Problems, deuxième LP du trio Clara Clara, où règne une cohésion et une énergie collective comme on en n’entend presque jamais. Entre les rythmiques explosives de François, ses harmonies vocales funambulesques, la basse toute abîmée de son frangin Charles (avec qui il sévit depuis l'enfance) et les synthétiseurs têtus d'Amélie Lambert, se joue une réponse extrême à tous les Deerhoof et The Ex de la terre. Saigner la pop à blanc en enluminant le rock noise et hardcore, faire surgir des mélodies affolantes d'expérimentations tapageuses, autant de paradoxes à la mode que les musiciens embrassent ici dans un simple esprit de jubilation, comme s'ils les énonçaient pour la première fois. Time And Death de Réveille brille de son côté dans son rôle de (nouveau) premier essai, plus élastique et ouvert aux digressions en tous genres.

Laissant les fûts aux bons soins de sa copine Lisa Duroux, dont le jeu intuitif et nerveux évoque celui d'Amy Farina, il s'amuse comme un fou avec les guitares électriques et s'autorise même à chanter sans effets d'empilage ou de dédoublement, dégagé des signes de la postmodernité qu'il arbore habituellement comme une seconde peau. L'année 2011 s'annonce tout aussi riche et trépidante, avec la tournée-marathon de Clara Clara, le nouveau Réveille, et peut-être dans la foulée le successeur de Comfortable Problems, “qui risque de bien surprendre” (dixit l’intéressé). Assis sur les débris carbonisés de nos appareillages critiques, on se prend à rêver que François Virot n'atteigne jamais l'âge de raison.
Michaël Patin


Réagissez

Votre réaction :

Votre pseudo :

Prévisualiser