Perçons l’abcès aussi vite que la musique de François Virot perce le
cœur : oui, ce premier effort se joue sous influence. Celle d’Animal
Collective, ascendants inclus (Konono N°1 par exemple). Mais si on se
représente aisément les quatre Américains en marmots joueurs qui grattent et
braillent au grand air et en innocence de cause, on imagine plutôt l’unique
François Virot en homme-enfant replié, cerné par l’insomnie, les tripes à
l’air, la guitare en sang et le sourire aux lèvres. Une idée carénée par ce
chant d’entrailles granuleux, qui postillonne sa conviction avec une puissance
d’airain et érafle l’âme avec la force des Titans. Sur les titres Young Sand et Fish Boy, lorsque Virot lambine pour mieux happer le temps et lui
insuffler une lenteur bouleversante qui implore l’attention et sonde la
quiétude, cette voix atteint même une telle densité ovniesque qu’elle en
devient presque irréelle. Ailleurs, l’acoustique cingle l’esprit et les sens
comme une poussée de fièvre graduelle, qui tétanise un peu plus le corps à
chaque degré supérieur atteint.
Brute et convulsive, elle louvoie en compagnie de handclaps qui éclatent à l’unisson pour faire battre le cœur de mélodies à l’immédiateté assommante. S’il s’élève avec la grâce des anges le temps de la reprise magique de Billie Holiday I Wish I Had You, le rythme cardiaque s’affole subitement lorsque s’enchaînent les deux ritournelles jubilatoires Cascade Kisses et Say Fiesta, où François parvient à maîtriser l’euphorie avec la sagesse du pacifiste par des modulations vocales en tension permanente. Aux dérives opiacées de ses aînés, le Français substitue un désir pop incoercible, qu’une production aussi minimale qu’astucieuse assouvit dans la liesse. En fait, cette économie de moyens confrontée à un entrain de bateleur acharné rapprocherait plus François Virot de… l’ancien Woody Guthrie. Car ces dix compositions exhalent quelque chose d’ancestral et d’essentiel. Une sensation organique et poignante qui emplit naturellement l’âme, sans qu’on parvienne vraiment à la définir. Comme un concentré de vie pure, un shoot d’existence aussi simple et indéfinissable qu’une respiration. On imaginait François Virot emprunter des sentiers battus et s’y épanouir avec talent. Finalement, plus que la simple halte attendue, par sa nationalité et sa nature même, Yes Or No constitue un véritable tournant.
Brute et convulsive, elle louvoie en compagnie de handclaps qui éclatent à l’unisson pour faire battre le cœur de mélodies à l’immédiateté assommante. S’il s’élève avec la grâce des anges le temps de la reprise magique de Billie Holiday I Wish I Had You, le rythme cardiaque s’affole subitement lorsque s’enchaînent les deux ritournelles jubilatoires Cascade Kisses et Say Fiesta, où François parvient à maîtriser l’euphorie avec la sagesse du pacifiste par des modulations vocales en tension permanente. Aux dérives opiacées de ses aînés, le Français substitue un désir pop incoercible, qu’une production aussi minimale qu’astucieuse assouvit dans la liesse. En fait, cette économie de moyens confrontée à un entrain de bateleur acharné rapprocherait plus François Virot de… l’ancien Woody Guthrie. Car ces dix compositions exhalent quelque chose d’ancestral et d’essentiel. Une sensation organique et poignante qui emplit naturellement l’âme, sans qu’on parvienne vraiment à la définir. Comme un concentré de vie pure, un shoot d’existence aussi simple et indéfinissable qu’une respiration. On imaginait François Virot emprunter des sentiers battus et s’y épanouir avec talent. Finalement, plus que la simple halte attendue, par sa nationalité et sa nature même, Yes Or No constitue un véritable tournant.