S’il ne fallait chérir qu’un seul album cette année, E Volo Love pourrait être celui-là. Le disque d’une pop platinée qui furète entre noblesse indie, chanson française et world music de laboratoire. De Saintes à l’Île d’Oléron, d’une piste de skate fossilisée à une crypte romane, de Prince à Boris Vian, récit d’une virée au pays de Fránçois & The Atlas Mountains. [Article Jean-François Le Puil].
La survie des musiques sensibles et sincères tient à la seule volonté d'irréductibles engagés dans une douce guérilla universelle. Aucun ennemi tangible, sinon l'indolent démon de l'apathie et le distrayant pantin de la complaisance, tous deux engraissés à grandes cuillerées de médiocrité. Les idéaux des gardes indie sont bruitistes ou raffinés, avant-gardistes ou nostalgiques, provocateurs ou fédérateurs. Parce qu'il s'agit d'un refus de laisser s'ensabler les convictions dans le désert d'inspiration environnant, les points de lutte dégoupillent parfois là où on s'y attend le moins, tels des mirages qui gardent leur caractère miraculeux en oubliant d'être des illusions. Du garage rock de Tacoma (Washington) dans les années 60 à la turne parisienne Born Bad Records aujourd'hui, des baladins folk d'Édimbourg en pleine époque hippie à l'actuelle famille strasbourgeoise Herzfeld, des rappeurs interlopes de la ville canadienne Halifax il y a quinze ans aux songwriters bariolés de la cordée auvergnate Kütu Folk en ce moment… Innombrables et disparates sont les bastions en marge qui ont fait valoir leur identité grâce à l'activisme de passionnés plus entreprenants que d'autres. Une histoire régie par des lois humaines qui supposent pugnacité et lassitude, artistes doués et profiteurs, lieux de réunion et références réciproques, personnalités rassembleuses et militants de l'ombre. Prenez Milos Ares, par exemple. Vous ne le connaissez sûrement pas, et n'en saurez pas plus sur le bonhomme. C'est pourtant son nom qui est prononcé lorsque l'on évoque avec les quatre membres de Fránçois And The Atlas Mountains, avachis sur les rivages brillants de l'île d'Oléron alors que la soirée s'annonce, les moments clés de leur destinée commune. Durant la seconde moitié des années 2000, Milos fut le patron de feu le bar El Inca à Bordeaux. Dans son bouge, il accueille de vibrants représentants de l'Internationale indé, des protégés du label K Records, Vetiver, Lawrence Arabia, ou Marissa Nadler.
These Trails - El Rey Pescador
“C'était juste une petite cave, mais elle a ouvert les oreilles à beaucoup de monde dans la région”, raconte le multi-instrumentiste Pierre Loustaunau, qui agit aussi au sein de la troupe bordelaise Crane Angels, et en solo sous l'alias Petit Fantôme. “Il y avait des concerts tous les jours et une émulation se créait, des musiciens du coin se rencontraient là-bas puis formaient des groupes ensemble. J'ai vu Fránçois & The Atlas Mountains en concert pour la première fois à l'Inca, et j'y ai aussi rencontré Amaury (ndlr. Ranger, homme à tout faire du quatuor)”. C'est également entre les murs d'El Inca que le collectif multidisciplinaire Iceberg prend ses quartiers pour organiser des soirées régulières qui permettront par exemple à Botibol, auteur du remarqué Born From A Shore (2011), et lui aussi membre des Crane Angels, de s'épanouir. “Quand un mec de K Records tournait, tu étais sûr de pouvoir organiser le concert là-bas sans avoir à demander d'autorisation, qu'il y aurait vingt personnes et que l'artiste pourrait repartir avec sa centaine d'euros. C'est le seul lieu en France où j'ai retrouvé la même facilité que je connaissais lorsque j'étais à Bristol”, prolonge François Marry, alias Fránçois.
Car si le Saintais Amaury Ranger, vingt-trois ans, et le Landais Pierre Loustaunau, vingt-six ans, ont défloré leur carrière dans leur région respective, leur aîné François, vingt-neuf ans, a fait le choix de l'exil en quittant la Charente-Maritime pour Bristol en septembre 2003, après une enfance passée à Saintes et des études réalisées à La Rochelle. Une décision naturelle pour celui qui prit très tôt l'habitude de voir du pays. “À dix-huit ans, je suis parti en Italie en stop et en InterRail, à la recherche des racines italiennes de mon grand-père (ndlr. Il en tirera la chanson Il Stragniero, parue sur son premier album, Les Anciennes Falaises, en 2004). Je suis aussi allé en Europe de l'Est, en Grèce, en Espagne, au Maroc… Je partais à l'arrache et dormais à la belle étoile. C'était l'école de la démerde, ça m’a beaucoup enrichi. Au-delà des rencontres que tu peux faire sur place, ce qu'il y a de meilleur, c'est souvent ce que tu développes avec les gens qui t'accompagnent. Mais si j’ai eu un amour sans bornes du voyage, il m'a un peu quitté aujourd'hui, car à force de tourner, lorsque l'occasion de me poser pour récupérer se présente, je ne me prive pas”.
King Sunny Ade - Omode Omela
Il est 15 heures en ce lundi de septembre éclairé. Nous voilà partis en vadrouille depuis deux heures avec François Marry et Pierre Loustaunau à travers Saintes, charmante ville moyenne (27 000 habitants) et océanique (placée dans le mille de l'arc Atlantique). François nous transporte dans le van qui conduit habituellement le groupe en tournée, tel le roi du volant qu'il est, doublé d'un pro de l'autoradio mondialiste où s'enchaînent le compositeur minimaliste Philip Glass, le trésor perdu de l'acid-folk These Trails, l'artiste nigérian King Sunny Adé – “ma petite amie Rozi Plain était persuadée que c'était moi qui chantais, c'est un peu mon album de jùjú imaginaire”, plaisante-t-il à ce sujet –, la compilation Legends Of Benin (2009), et les récentes sorties du label Domino. Le véhicule affiche 45 000 kilomètres au compteur pour cette dernière année, des planches de surf font partie intégrante de l'habitacle, et des souvenirs transcendantaux y siègent, comme cette interminable traversée des tunnels norvégiens entre Oslo et Bergen avec en fond sonore les tourbillons à suspense de Philip Glass (bis).
Sans réclamer de répit, Fránçois And The Atlas Mountains repartira pour une poignée de dates britanniques le lendemain, mardi 6 septembre, direction Glasgow via Calais et Londres. Mais pour l’instant, nous stationnons là où nous n'aurions pas pensé stationner : au niveau d'un snake, cette pente vertigineuse en béton qui faisait fureur chez les fans de skateboard dans les années 70. “Je me souviens m'être lancé ici pour la première fois quand j'étais ado, sur les conseils d'un vieil Haïtien farfelu qui me disait de ne pas m'inquiéter. C'est une piste historique parce qu'il n'en reste plus beaucoup dans ce genre, des amateurs viennent de loin pour s'y frotter”, nous confie François en fixant les graffitis qui recouvrent le revêtement et la mare d'eau qui a inondé la cuvette finale. C'est donc au son du roulis de la planche que la passion éclot avec fracas chez l'ado. Merci à Nevermind (1991) de Nirvana, à Silverchair, et même à… Sepultura !
La survie des musiques sensibles et sincères tient à la seule volonté d'irréductibles engagés dans une douce guérilla universelle. Aucun ennemi tangible, sinon l'indolent démon de l'apathie et le distrayant pantin de la complaisance, tous deux engraissés à grandes cuillerées de médiocrité. Les idéaux des gardes indie sont bruitistes ou raffinés, avant-gardistes ou nostalgiques, provocateurs ou fédérateurs. Parce qu'il s'agit d'un refus de laisser s'ensabler les convictions dans le désert d'inspiration environnant, les points de lutte dégoupillent parfois là où on s'y attend le moins, tels des mirages qui gardent leur caractère miraculeux en oubliant d'être des illusions. Du garage rock de Tacoma (Washington) dans les années 60 à la turne parisienne Born Bad Records aujourd'hui, des baladins folk d'Édimbourg en pleine époque hippie à l'actuelle famille strasbourgeoise Herzfeld, des rappeurs interlopes de la ville canadienne Halifax il y a quinze ans aux songwriters bariolés de la cordée auvergnate Kütu Folk en ce moment… Innombrables et disparates sont les bastions en marge qui ont fait valoir leur identité grâce à l'activisme de passionnés plus entreprenants que d'autres. Une histoire régie par des lois humaines qui supposent pugnacité et lassitude, artistes doués et profiteurs, lieux de réunion et références réciproques, personnalités rassembleuses et militants de l'ombre. Prenez Milos Ares, par exemple. Vous ne le connaissez sûrement pas, et n'en saurez pas plus sur le bonhomme. C'est pourtant son nom qui est prononcé lorsque l'on évoque avec les quatre membres de Fránçois And The Atlas Mountains, avachis sur les rivages brillants de l'île d'Oléron alors que la soirée s'annonce, les moments clés de leur destinée commune. Durant la seconde moitié des années 2000, Milos fut le patron de feu le bar El Inca à Bordeaux. Dans son bouge, il accueille de vibrants représentants de l'Internationale indé, des protégés du label K Records, Vetiver, Lawrence Arabia, ou Marissa Nadler.
These Trails - El Rey Pescador
“C'était juste une petite cave, mais elle a ouvert les oreilles à beaucoup de monde dans la région”, raconte le multi-instrumentiste Pierre Loustaunau, qui agit aussi au sein de la troupe bordelaise Crane Angels, et en solo sous l'alias Petit Fantôme. “Il y avait des concerts tous les jours et une émulation se créait, des musiciens du coin se rencontraient là-bas puis formaient des groupes ensemble. J'ai vu Fránçois & The Atlas Mountains en concert pour la première fois à l'Inca, et j'y ai aussi rencontré Amaury (ndlr. Ranger, homme à tout faire du quatuor)”. C'est également entre les murs d'El Inca que le collectif multidisciplinaire Iceberg prend ses quartiers pour organiser des soirées régulières qui permettront par exemple à Botibol, auteur du remarqué Born From A Shore (2011), et lui aussi membre des Crane Angels, de s'épanouir. “Quand un mec de K Records tournait, tu étais sûr de pouvoir organiser le concert là-bas sans avoir à demander d'autorisation, qu'il y aurait vingt personnes et que l'artiste pourrait repartir avec sa centaine d'euros. C'est le seul lieu en France où j'ai retrouvé la même facilité que je connaissais lorsque j'étais à Bristol”, prolonge François Marry, alias Fránçois.
Car si le Saintais Amaury Ranger, vingt-trois ans, et le Landais Pierre Loustaunau, vingt-six ans, ont défloré leur carrière dans leur région respective, leur aîné François, vingt-neuf ans, a fait le choix de l'exil en quittant la Charente-Maritime pour Bristol en septembre 2003, après une enfance passée à Saintes et des études réalisées à La Rochelle. Une décision naturelle pour celui qui prit très tôt l'habitude de voir du pays. “À dix-huit ans, je suis parti en Italie en stop et en InterRail, à la recherche des racines italiennes de mon grand-père (ndlr. Il en tirera la chanson Il Stragniero, parue sur son premier album, Les Anciennes Falaises, en 2004). Je suis aussi allé en Europe de l'Est, en Grèce, en Espagne, au Maroc… Je partais à l'arrache et dormais à la belle étoile. C'était l'école de la démerde, ça m’a beaucoup enrichi. Au-delà des rencontres que tu peux faire sur place, ce qu'il y a de meilleur, c'est souvent ce que tu développes avec les gens qui t'accompagnent. Mais si j’ai eu un amour sans bornes du voyage, il m'a un peu quitté aujourd'hui, car à force de tourner, lorsque l'occasion de me poser pour récupérer se présente, je ne me prive pas”.
King Sunny Ade - Omode Omela
Il est 15 heures en ce lundi de septembre éclairé. Nous voilà partis en vadrouille depuis deux heures avec François Marry et Pierre Loustaunau à travers Saintes, charmante ville moyenne (27 000 habitants) et océanique (placée dans le mille de l'arc Atlantique). François nous transporte dans le van qui conduit habituellement le groupe en tournée, tel le roi du volant qu'il est, doublé d'un pro de l'autoradio mondialiste où s'enchaînent le compositeur minimaliste Philip Glass, le trésor perdu de l'acid-folk These Trails, l'artiste nigérian King Sunny Adé – “ma petite amie Rozi Plain était persuadée que c'était moi qui chantais, c'est un peu mon album de jùjú imaginaire”, plaisante-t-il à ce sujet –, la compilation Legends Of Benin (2009), et les récentes sorties du label Domino. Le véhicule affiche 45 000 kilomètres au compteur pour cette dernière année, des planches de surf font partie intégrante de l'habitacle, et des souvenirs transcendantaux y siègent, comme cette interminable traversée des tunnels norvégiens entre Oslo et Bergen avec en fond sonore les tourbillons à suspense de Philip Glass (bis).
Sans réclamer de répit, Fránçois And The Atlas Mountains repartira pour une poignée de dates britanniques le lendemain, mardi 6 septembre, direction Glasgow via Calais et Londres. Mais pour l’instant, nous stationnons là où nous n'aurions pas pensé stationner : au niveau d'un snake, cette pente vertigineuse en béton qui faisait fureur chez les fans de skateboard dans les années 70. “Je me souviens m'être lancé ici pour la première fois quand j'étais ado, sur les conseils d'un vieil Haïtien farfelu qui me disait de ne pas m'inquiéter. C'est une piste historique parce qu'il n'en reste plus beaucoup dans ce genre, des amateurs viennent de loin pour s'y frotter”, nous confie François en fixant les graffitis qui recouvrent le revêtement et la mare d'eau qui a inondé la cuvette finale. C'est donc au son du roulis de la planche que la passion éclot avec fracas chez l'ado. Merci à Nevermind (1991) de Nirvana, à Silverchair, et même à… Sepultura !
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François MARRY est mon petit cousin et je suis fière de voir
que d'Architecte (comme son oncle François, mon père), à
Musicien comme François Junior, la créativité se perpétue
dans la famille à la fois par la musique et par le dessin.
Son arrière-grand mère maternelle serait folle de joie, comme je le suis en écoutant ses interviews, l'originalité
de ses textes et de sa musique. L'Esthète est là et je l'en remercie pour nous tous. Dany FARRIER
que d'Architecte (comme son oncle François, mon père), à
Musicien comme François Junior, la créativité se perpétue
dans la famille à la fois par la musique et par le dessin.
Son arrière-grand mère maternelle serait folle de joie, comme je le suis en écoutant ses interviews, l'originalité
de ses textes et de sa musique. L'Esthète est là et je l'en remercie pour nous tous. Dany FARRIER