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Interview - 28/05 de Forest Fire

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Rencontre avec Mark Thresher et sa bande d'Américains qui acidifient le folk autant qu'ils le subliment sur Survival, un premier album sorti il y a quelques mois sur la toile, mais réédité en bonne et due forme il y a peu de temps par le label français Talitres.

PS. Comme quoi il ne se raconte pas n'importe quoi dans cet entretien. Forest Fire vient d'être ajouté à la mirifique affiche de la prochaine édition de la Route du Rock, qui se tiendra les 14, 15 et 16 août prochains à Saint-Malo.



Magicrpm.com : Il paraît que vous n'habitez pas tous dans le même coin. Qui à Portland, qui à Brooklyn,qui on ne sait où. Comment le groupe s'est-il incarné pour la première fois ?

Forest Fire : En fait, à un moment donné, on s'est tous retrouvés en collocation à Brooklyn, mais c'est vrai que ces dernières années, on a tous vécu aux quatre coins des États-Unis.

Survival a donc été enregistré de manière éparse, entre deux villes et sur de longs mois. N'était-ce pas compliqué de vous retrouver à chaque fois sans perdre le fil de votre inspiration ?
C'est vrai que ça a parfois été compliqué de reprendre les choses là où on les avait laissées. Mais les longues pauses entre les sessions d'enregistrement nous permettaient aussi de réfléchir à ce que nous faisions, de prendre assez de recul pour rester fidèles à la vision de l'album que l'on avait à l'origine.

Justement, cette vision a l'air de traverser les décennies. Le timbre des voix renvoie directement aux années 60, au chant incisif de Mick Jagger ou Lou Reed. Est-ce une époque essentielle pour vous ?
Complètement, nous sommes tous les quatre obsédés par cette idée de réinterprétation des classiques de la fin des années 60 et des années 70. Les disques de cette époque nous paraissent bien plus essentiels et authentiques que la plupart des trucs qui sortent d nos jours. Je me rappelle du producteur Adam Spittler qui réclamait des "fulgurances jaggerienne" pendant les prises vocales. Malgré tout, on s'échine à essuyer cette nostalgie (sic) en suivant simplement le fil de chaque chanson jusqu'à ce quelle soit terminée.

Si l'on prend Fortune Teller par exemple, les paroles sont assez abruptes : "My aura's yellow like a coward/Tonight, I'm gonna melt some faces/With Gatling gun social skills/So why can't I kill/Someone I hate". C'est pas jojo tout ça.
J'ai écris Fortune Teller en dix minutes. Je venais de lire une nouvelle écrite par Natalie Stormann intitulée My Aura's Yellow Like a Coward. Le titre en lui-même m'a inspiré cette chanson, c'est si poétique ! Plusieurs personnes m'ont demandé : "qui veux-tu zigouiller ?". Mais le morceau ne parle pas vraiment de moi. En gros, ça parle d'une personne qui passe un ultime moment agréable juste avant de se suicider.

Certaines chansons comme Sunshine City ou Steer Me, et le disque en général d'ailleurs, mêlent folk des campagnes et brûlures psyché-acides.
Pour Sunshine City, Sharon Van Etten nous a gentiment fait une faveur en prêtant sa voix au morceau. Cette chanson n'aurait sans doute pas été sur l'album si elle n'y avait pas participé, parce que je n'avais aucune intention de la chanter moi-même. Quant à Steer Me, elle non plus je voulais pas particulièrement la mettre sur le disque. Et puis Adam l'a travaillée jusqu'à la rendre intéressante, jusqu'à en un épisode naturel et essentiel de Survival.

Quels artistes écoutiez-vous pendant la réalisation de l'album ?
Workingman's Dead du Grateful Dead,
Desire de Bob Dylan,
Beggars Banquet des Rolling Stones,
Le White Album des Beatles,
Loaded du Velvet Underground,
Et surtout Maher Shalal Hash Baz. Ce dernier est la plus grosse influence du disque, celle qui inspire la plupart des idées qui guident Forest Fire.

Pourquoi avoir choisi d'appeler votre album Survival ?
A l'époque, je trouvais ça intéressant la façon dont les gens, moi y compris, interprétaient de manière différente le terme "survie". Étant quelqu'un qui a grandi dans le confort relatif du monde occidental, je continue à me sentir obligé (en apparence) de m'intéresser à des expériences autres que les miennes, moins commodes. Je sais ce que l'impuissance signifie face à ça, mais je ne me vois pas me laisser aller à toutes les distractions, ou supprimer ma part d'humanité pour continuer à vivre comme si de rien n'était. Être un idéaliste est un privilège, mais on peut très vite se sentir seul au monde.

Vous avez d'abord offert Survival en téléchargement gratuit sur Internet. Pourquoi donc ?
Notre ami Ryan Catbird, le créateur de Catbird Records, pensait que ça serait une bonne idée. Et nous ne voulions pas attendre d'hypothétiques contrats ou d'éventuels dollars apportés par les labels. Le plus important était que le disque soit entendu.


Qu'avez-vous fait depuis sa sortie l'an dernier ? Avez-vous commencé à travailler sur un nouvel effort ?
Oui le deuxième essai de Forest Fire est en route ! Nous avons fini de l'écrire et nous sommes en train d'enregistrer.

Comment avez vous perçu les réactions vis-à-vis de Survival ?
Jusqu'à présent elles ont été foutrement positives. Survival a été élu meilleur disque de l'année 2008 par La Blogothèque et on a signé avec Talitres juste après. C'est un album que l'on pensait donner gratuitement et tout d'un coup, on se retrouve signés par un label qui nous apprécie vraiment et qui souhaite accompagner notre aventure. En revanche, on a eu très peu, voir quasiment aucune presse aux États-Unis.

Va-t-il y avoir une tournée européenne dans les prochains mois ?
Oui, en août ou en septembre à priori. C'est un rêve devenu réalité de pouvoir justifier un voyage en Europe grâce à l'un de nos disque.

Mark et Natalie, vous avez formé un projet parallèle, Scareplane. Vous êtes en studio en ce moment, y a-t-il un album en préparation ?
Nathalie : Merci d'en parler ! C'est vrai que le début de l'année a été très productif pour nous. Scareplane est en effet un nouveau groupe, et nous nous apprêtons à sortir notre premier essai, un double album enregistré sur cassette. J'ai composé une partie et Mark a composé l'autre, et chacun d'entre nous chantera les chansons que l'autre a écrit. Donc, si vous entendez la voix de Mark, ça veut dire que la chanson est de moi, et vice versa. C'est un concept très différent de Forest Fire.

Sur Myspace, votre slogan est « Outright Traitors » et votre icône paraît être Yoko Ono.
Non non, le concept n'a rien à voir avec Forest Fire ou Yoko Ono. Outright Traitors sera en fait le titre de notre album et Yoko Ono est simplement une grand source d'inspiration. Au final, trois des quatre membres de Forest Fire participent à ce projet, autant dire qu'il n'y a aucun soucis.
Célestine Albert


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