C'est grâce à Dose One, le rappeur de cLOUDDEAD, chef de file d'Anticon et ami de Fog, que Ninja Tune vient de sortir son premier disque post-rock. Cependant, même si Andrew Broder donne dans les climats cotonneux, les guitares lo-fi, les pianos approximatifs et les rythmes bricolés, ce disque n'en reste pas moins hip hop. Et attention, le hip hop n'est pas ici qu'une inspiration ou une simple influence, mais davantage un mode d'expression à part entière. Dans cette jungle sonore, les breakbeats tranchent à vif des ambiances et des mélodies brodées par les arpèges et le chant timide de Broder. Ses scratchs, quant à eux, colmatent les fractures entamées par les sons synthétiques âpres et rugueux. L'originalité dont fait preuve cet album éponyme est pourtant la moindre de ses qualités : il faut tantôt parler de grâce (Pneumonia, où le spectre de Neil Young est presque palpable), tantôt d'un talent rare pour le bordel sonique lénitif (Fool) et les déconstructions rythmiques (Glory avec Dose One). La démarche ne déroge certes pas à l'éthique Ninja Tune, mais le label se révèle capable de surprendre encore sur le plan formel.