Après deux albums assez magnifiques de free folk complètement atypique (même sur Ninja Tune!), qui se sont vendus, ici comme ailleurs, aussi bien qu'un lot de bas résille à une équipe de sumotoris, le New-Yorkais Andrew Broder (alias Fog) se retrouve avec sa p(h)op décalée, bidouillée et inclassable, à la maison chez Lex Records, succursale hip hop essentiellement (et géographiquement) américaine de Warp. Résultat? La musique de Fog fait tout autant figure d'objet déplacé qu'elle le faisait précédemment chez les Britanniques ! Avec son habituelle économie de moyens et sur un ton de déraison, 10th Avenue Freakout voit Broder mettre en musique sa folie ordinaire d'une voix traînante, désabusée et poétiser son quotidien avec ironie: "Vous savez ce qui se dit au sujet du fait d'aller à la laverie automatique le jour de son anniversaire..." Arrangé de cuivres aliénés qui percent plus ou moins le brouillard de la prise de son (d'où le choix du pseudo, Fog) et persillé d'apparitions spectrales de free jazz, cet album iconoclaste détourne de la drum'n'bass jouée par l'Armée du Salut (We're Winning), pirate le folk comme le ferait My Bloody Valentine (The Rabbit) et débauche l'ambient selon Pierre Schaeffer (The Small Burn)... Dans un sens, que l'OVNI provienne de Lexington Avenue au coeur de la Grosse Pomme devrait prouver aux plus s(c)eptiques que le hip hop a vraiment grandi; qu'il peut aussi aller farfouiller dans des secteurs où personne il y a vingt ans n'aurait supposé qu'il aille; et qu'il est désormais beaucoup plus synonyme d'une démarche artistique que d'un ensemble de clichés usés jusqu'au trognon et que nous présentent ad nauseam les marchands de disques qui ont pignon sur rue...