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Rio Baril n'est pas un bidonville. Ce village fictif aux infrastructures fiables n'en est pas moins identique à des centaines d'autres répertoriés sur les cartes de l'Hexagone. Un univers inventé pour mieux retranscrire la plus stricte réalité ? Qui plus est au travers d'un personnage principal, natif du coin revenu troubler le calme résolu et hypocrite de ce village vert (de rage) ? C'est ambitieux pour un deuxième album aussi associé à un site Internet sous forme de gazette locale. À la manière d'un Ray Davies, Florent Marchet met à profit son sens de l'observation pour recomposer le passé mais également le présent : des bribes, des images simultanées sur la même p(l)age, des rappels comme si l'on pouvait suivre en même temps plusieurs récits. Puis ces derniers prennent forme, selon une dynamique où la rime est d'usage et chaque syllabe est prononcée. Elle relève moins du maniérisme de Mickey 3D et signifierait plutôt la volonté d'assumer un débit au souffle court, conscient de sa faillibilité. Florent Marchet sifflote son désarroi au lieu de le brailler et devance les divertissements MySpace à consonances provinciales façon Marly Gomont de Kamini. Les textes sont parfois plus attendus que d'autres (Les Cachets et son énumération aliénante signée de l'écrivain Arnaud Cathrine), mais ils s'imbriquent dans un ensemble qui ménage les faux plats et les petits drames pour cartographier le vagabondage d'une conscience qui s'interroge sans fin, comme la nôtre. Au goût du sarcasme, elle mêle celui du tragique, le sentiment de la peur et de la mort omniprésente et trouvera des résonances jusqu'auprès des fans de Mendelson et Daniel Darc, d'abord perplexes devant la bonne tête de Florent Marchet. Plus que la transformation du coup d'essai réussi avec Gargilesse, Rio Baril est un second et sans doute ultime "premier album".
Julien Welter
MAGIC RPM  #107


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