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Quelques semaines après le come-back éclatant de Miss Kittin & The Hacker, c’est au tour de Fischerspooner, autre fer de lance de l’electroclash, de réapparaître. La comparaison s’arrête ici : si le duo grenoblois s’est rapidement défait de cette étiquette encombrante en creusant un microsillon exigeant, Warren Fischer et Casey Spooner avaient capitalisé sur le succès du tube Emerge en rééditant par trois fois (en trois ans !) l’inaugural et inégal #1 (2001). De performances arty en concerts en playback, Fischerspooner cessa rapidement d’intriguer. Et dépourvu de single majeur, Odyssey (2005) fut boudé. On y entendait pourtant le tandem poser les armes et composer des ritournelles malignes qu’on affectionnait pour leur modestie. Devant cet échec commercial, Fischer et Spooner auraient pu lâcher l’affaire, affamés, selon eux, de succès, de frime et de paillettes.

L’éviction consécutive de Capitol Records, un remix dispensable de Tombé Pour La France pour Daho (loin du merveilleux Grand Sommeil par Sweetlight), et la pochette ignoble de ce nouvel essai ne nous rassuraient guère. Et pourtant… Ouvert par The Best Revenge tout en basses rondelettes, saxophones anachroniques et chant aussi je-m’en-foutiste que nasillard, Entertainment laisse peu de place au doute. On y retrouve ces lignes de basses grésillantes, véritable marque de fabrique de Fischerspooner, qui serpentent le long de chansons electro pop jamais fracassantes mais toujours plaisantes. Avec un slogan authentoc (Money Can’t Dance, Infidels Of The World Unite) et quelques petits effets, déboulent des chansons qui collent au cerveau sans qu’on n’y prête attention.

Car c’est souvent dans ces petits riens que se loge le meilleur de Fischerspooner. Bien évidemment, le duo a fourni un sacré travail de composition, mais sa force réside précisément dans sa capacité à masquer ces efforts sous des dehors joliment creux et gentiment plastiques. Véritable one hit-wonder, Fischerspooner conserve The Human League en horizon indépassable, mais a abandonné l’idée de composer un Emerge-bis. C’est mieux ainsi : à l’instar de son prédécesseur, ce troisième essai est une œuvre cohérente dans sa vacuité volontaire. Résumés par un titre évocateur (Entertaiment), ces trois-quarts d’heure synthétiques délaissent les dancefloors vodka pamp’ pour mieux se lover dans les fauteuils du petit matin, un dernier verre à la main.
Thibaut Allemand
MAGIC RPM  #132


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