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C'est une évidence : depuis plusieurs décennies, les bonnes surprises en matière de pop music surgissent le plus souvent sous la forme de mélanges imprévus entre courants musicaux existants plutôt que par le biais d'innovations radicales. À condition de s'être résigné sans arrière-pensées à cet état de fait, Tones Of Town procure quelques instants de ce bonheur toujours appréciable, né de la collision entre des segments que l'on pensait radicalement disjoints de notre discothèque. Pour son second album, le trio britannique prend le risque d'organiser une rencontre au sommet entre mélodies pop et sonorités post-rock, voire carrément progressives. Une sorte d'hybridation curieusement féconde entre Yes et XTC, Jim O'Rourke et The Left Banke. Avec un sens appréciable de la mesure et de la concision (une demi-heure suffit ici à boucler l'affaire, sans s'éterniser), les frères Brewis et Andrew Moore s'amusent à multiplier les rythmes décalés et les instrumentations les plus diverses (cordes, claviers ou xylophones, sans oublier leurs bonnes vieilles guitares). Leurs harmonies subtiles et jamais évidentes ravissent par leur caractère à la fois aérien et astringent, surtout en ces temps d'abus de sucreries pots-réveillonesques. Et même si Field Music ne dispose pas encore des moyens nécessaires pour concrétiser tous ses fantasmes musicaux débordants, ce passage à l'acte convaincant demeure globalement très au-dessus du lot commun des productions britanniques, se payant même le luxe de combiner des qualités souvent incompatibles : la spontanéité et l'ambition.
Matthieu Grunfeld
MAGIC RPM  #107


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