Après ce premier jour éreintant, tels les Flotation Toy Warning de la morale live, on a pris notre temps pour relater la suite de nos pérégrinations aux Trans Musicales de Rennes. Voilà déjà comment s'est boutiqué un deuxième jour marqué par un événement qui a tenu ses promesses à la Cité, et un brin de déception lorsqu'il fallut traîner ses guêtres du côté des hangars avinés. [Photos d'enfer : Eric Perez / Texte erratique : Petit Dragon].
> Brightblack Morning Light - La Cité, 16h45.
Et la lysergie fut. À défaut d'avoir de l'alcool dans la bière aux abords de la Cité, on avait de l'acide dans l'atmosphère pendant la performance camée jusqu'à l'os de Nathan Shineywater et Rachael Hughes, le duo maître de Brightblack Morning Light qui a embarqué pendant cette tournée européenne la doublette éthérée Voices Voices, ainsi que Danielle Stech-Homsy (alias Rio En Medio). Un hippie géant, fauve et moustachu accompagné par une nuée d'ondines assoupies, voilà l'attelage inédit qui a déblatéré trente minutes durant un mantra psyché-folk passionné par la répétition, à faire passer Ben Chasny pour un cador de la polka. Une performance à ce point butée que, passée l'exaspération initiale, elle finit par devenir héroïque dans son hermétisme forcené. À la fin de l'aride session, d'une voix qui émerge des tréfonds, Nathan fait parler son tempérament magnanime et se fait la malle, lui et sa belle aura sauvage.

> GaBLé - La Cité, 18h00.

Ils sont rares les concerts où l'on perçoit la foule sangler son émotion, de peur qu'elle coule à flots. Pourtant, point de paroles tire-larmes, de vocalises éplorées ou de misérabilisme trafiqué au programme de la performance de GaBLé. Juste une sincérité d'une redoutable puissance. Après une prestation éparpillée l'année dernière à l'Ubu, les Français ont instillé la minutie dans les rouages de leur théâtre musico-surréaliste (notamment grâce à une résidence préparatoire). Samples à tire-larigot, déflagrations noisy, mélodies tarabiscotées, humour de bac à sable et inventions permanentes (de l'eau qui rythme la partition, un cageot de patates qui la strie, la flûte collégienne ou des chorégraphies mutines qui l'amusent, le masque en papier d'Elvis qui l'embrase) se succèdent sans ciller.

Entre les expériences transgenres d’Anticon, le flow cinglant de Scroobius Pip, le folk espiègle mêlé à une chanson française déracinée, GaBLé déglingue aussi tendrement que méthodiquement les carcans. Le sourire scotché au visage, chaque membre de la troupe affiche son bonheur d’être là, et le bien-être des cinq (dont la violoncelliste Elodie Fourré et le percussionniste Roland Berthou, tous deux essentiels) se diffuse parmi les centaines.

L'acmé survient lorsqu’une chorale d’une dizaine de vieux surgit en enfilade pour entonner de leurs voix ridées. La doyenne des vieux (l'une des mamies d'un membre du groupe, apparemment) s’avancera sur le devant et chaloupera en chantant l’interlude traditionnel de Sans Du Feu Dans Mes Mains. Ou quand l'inattendu confine à l'émerveillement.

> Cass McCombs - La Cité, 19h30.
Après les soubresauts affectifs de GaBLé, la salle, peut-être déjà rassasiée en émotion, se vide un chouïa énormément, et ce malgré la présence sur scène d’une claviériste parfaitement excitante avec son allure de prof d’anglais raide comme la trique. Lancée en éclaireuse rougeoyante, elle fignole son Korg Triton, instrument annonciateur de la performance pépère au possible de son compositeur en chef Cass McCombs.

Flegmatique, l’Américain méchu déride l’assistance clairsemée avec son humour dissipé, mais ne la trimballe pas au-delà. Des compositions impeccables ne suffiront pas à cingler les esprits, la faute à une interprétation trop appliquée, voire veuve de passion car fichtrement engoncée dans son classicisme altier. Malgré une fidèle redite de la rengaine déchirante You Saved My Life, cet album-là mériterait de mieux s'incarner.
> FM Belfast* - Hall 3, 20h45.



> The Phantom Band - Hall 3, 22h30.

Ils avaient beau être pleins comme des barriques, les Écossais The Phantom Band n’ont pas enivré la populace exportée dans les parcs expo. Peu gâté par le très mauvais chanteur Rick Anthony, pseudo-stentor qui a noyé toute sa justesse et sa grave puissance dans le pur malt, le space-post-western-rock du sextuor, qui alterne entre ascensions instrumentales déflagrantes à la Mogwai et débraillement électrifié à la Lift To Experience, tourne vite à vide malgré quelques moments de bravoure métronomique. Trois guitaristes et une cascade d’eau-de-vie ne suffiront pas à emmancher l’intérêt.


> Detroit Social Club - Hall 4, 23h45.

Comme The Whip ou Kasabian fut une époque, Detroit Social Club traînait dans le coin pour incarner la relève de la scène mancunienne dans la capitale bretonne. Venus de Newcastle et présentés à la cantonade comme les nouveaux Primal Scream, ils s’y mettent encore à six et défouraillent avec la hargne baggy (bonjour les Happy Mondays) et l'arrogance je-m'en-foutiste (coucou feu Oasis) nécessaires à la survie de ces hymnes mammouths.

Lourdaud et rassembleur comme il faut, le pataquès vu et revu de DSC rentre dans le lard avec assez de boogie woogie pour triturer les rotules, et assez de punch pour rudoyer l'abdomen. Vous voyez le tableau, quoi.

> Fever Ray - Hall 9, 00h30.
Attendue comme la noire messie pour son premier concert en France, Karin Dreijer Andersson n'a pas pétrifié comme promis. Tel du Deep Forest qui moisit au purgatoire, ou de l'électronique gothique qui somnambule comme un zombie kabuki, les ambiances anthracites de la sorcière suédoise (grimée comme une bisonne futée pendant une partie du concert) se pare sur scène d'une théâtralité mystifiante (lampions à l'éclairage intermittent, plancher nuageux, musiciens ombragés comme les spectres, rais omniscients), mais pas tant.

Notamment sabordé par le dézingage d'une partie du matériel diablotin pendant la traversée jusqu'à Rennes, les faisceaux de lumière verdâtre inondent sans immerger, et la religiosité ambiante augmentée par la tonne d'artifices magnétise plus par automatisme que par réel engouement. Heureusement, le chant purement incantatoire de la moitié de The Knife est à la hauteur des sommets d'obsession à contempler sur Fever Ray, et le tour de magie noire a tout de même lieu, mais pas à la hauteur de nos tragiques espérances. C'était pas si mortel que ça, finalement.
> Aeroplane* - Hall 9, 01h30.

> Major Lazer - Hall 4, 01h30.

Vous voyez ces clips gorgés de stupre ? Eh bien, sur la scène du hall 4, c’était pareil. Une énorme orgie dancehall pas finaude pour un sou, mais terriblement sudatoire. Même Jessie Evans, qui jouait un peu plus tôt dans un hall voisin, en a oublié toute réserve pour monter sur les planches et venir gigoter comme une damnée au milieu d'un parterre de jeunes filles échaudées qui n'avaient d'yeux que pour le MC Djibril Cissé du crew dépravé, quand le prince Diplo surplombait allègrement la zone érogène avec ses machines. Aux dernières nouvelles, on en connaît qui ont pris cher dans les coulisses.


* On a pas pu voir, mais il paraît que c'était pas trop mal.
> Brightblack Morning Light - La Cité, 16h45.
Et la lysergie fut. À défaut d'avoir de l'alcool dans la bière aux abords de la Cité, on avait de l'acide dans l'atmosphère pendant la performance camée jusqu'à l'os de Nathan Shineywater et Rachael Hughes, le duo maître de Brightblack Morning Light qui a embarqué pendant cette tournée européenne la doublette éthérée Voices Voices, ainsi que Danielle Stech-Homsy (alias Rio En Medio). Un hippie géant, fauve et moustachu accompagné par une nuée d'ondines assoupies, voilà l'attelage inédit qui a déblatéré trente minutes durant un mantra psyché-folk passionné par la répétition, à faire passer Ben Chasny pour un cador de la polka. Une performance à ce point butée que, passée l'exaspération initiale, elle finit par devenir héroïque dans son hermétisme forcené. À la fin de l'aride session, d'une voix qui émerge des tréfonds, Nathan fait parler son tempérament magnanime et se fait la malle, lui et sa belle aura sauvage.

> GaBLé - La Cité, 18h00.

Ils sont rares les concerts où l'on perçoit la foule sangler son émotion, de peur qu'elle coule à flots. Pourtant, point de paroles tire-larmes, de vocalises éplorées ou de misérabilisme trafiqué au programme de la performance de GaBLé. Juste une sincérité d'une redoutable puissance. Après une prestation éparpillée l'année dernière à l'Ubu, les Français ont instillé la minutie dans les rouages de leur théâtre musico-surréaliste (notamment grâce à une résidence préparatoire). Samples à tire-larigot, déflagrations noisy, mélodies tarabiscotées, humour de bac à sable et inventions permanentes (de l'eau qui rythme la partition, un cageot de patates qui la strie, la flûte collégienne ou des chorégraphies mutines qui l'amusent, le masque en papier d'Elvis qui l'embrase) se succèdent sans ciller.

Entre les expériences transgenres d’Anticon, le flow cinglant de Scroobius Pip, le folk espiègle mêlé à une chanson française déracinée, GaBLé déglingue aussi tendrement que méthodiquement les carcans. Le sourire scotché au visage, chaque membre de la troupe affiche son bonheur d’être là, et le bien-être des cinq (dont la violoncelliste Elodie Fourré et le percussionniste Roland Berthou, tous deux essentiels) se diffuse parmi les centaines.

L'acmé survient lorsqu’une chorale d’une dizaine de vieux surgit en enfilade pour entonner de leurs voix ridées. La doyenne des vieux (l'une des mamies d'un membre du groupe, apparemment) s’avancera sur le devant et chaloupera en chantant l’interlude traditionnel de Sans Du Feu Dans Mes Mains. Ou quand l'inattendu confine à l'émerveillement.

> Cass McCombs - La Cité, 19h30.
Après les soubresauts affectifs de GaBLé, la salle, peut-être déjà rassasiée en émotion, se vide un chouïa énormément, et ce malgré la présence sur scène d’une claviériste parfaitement excitante avec son allure de prof d’anglais raide comme la trique. Lancée en éclaireuse rougeoyante, elle fignole son Korg Triton, instrument annonciateur de la performance pépère au possible de son compositeur en chef Cass McCombs.

Flegmatique, l’Américain méchu déride l’assistance clairsemée avec son humour dissipé, mais ne la trimballe pas au-delà. Des compositions impeccables ne suffiront pas à cingler les esprits, la faute à une interprétation trop appliquée, voire veuve de passion car fichtrement engoncée dans son classicisme altier. Malgré une fidèle redite de la rengaine déchirante You Saved My Life, cet album-là mériterait de mieux s'incarner.
> FM Belfast* - Hall 3, 20h45.



> The Phantom Band - Hall 3, 22h30.

Ils avaient beau être pleins comme des barriques, les Écossais The Phantom Band n’ont pas enivré la populace exportée dans les parcs expo. Peu gâté par le très mauvais chanteur Rick Anthony, pseudo-stentor qui a noyé toute sa justesse et sa grave puissance dans le pur malt, le space-post-western-rock du sextuor, qui alterne entre ascensions instrumentales déflagrantes à la Mogwai et débraillement électrifié à la Lift To Experience, tourne vite à vide malgré quelques moments de bravoure métronomique. Trois guitaristes et une cascade d’eau-de-vie ne suffiront pas à emmancher l’intérêt.


> Detroit Social Club - Hall 4, 23h45.

Comme The Whip ou Kasabian fut une époque, Detroit Social Club traînait dans le coin pour incarner la relève de la scène mancunienne dans la capitale bretonne. Venus de Newcastle et présentés à la cantonade comme les nouveaux Primal Scream, ils s’y mettent encore à six et défouraillent avec la hargne baggy (bonjour les Happy Mondays) et l'arrogance je-m'en-foutiste (coucou feu Oasis) nécessaires à la survie de ces hymnes mammouths.

Lourdaud et rassembleur comme il faut, le pataquès vu et revu de DSC rentre dans le lard avec assez de boogie woogie pour triturer les rotules, et assez de punch pour rudoyer l'abdomen. Vous voyez le tableau, quoi.

> Fever Ray - Hall 9, 00h30.
Attendue comme la noire messie pour son premier concert en France, Karin Dreijer Andersson n'a pas pétrifié comme promis. Tel du Deep Forest qui moisit au purgatoire, ou de l'électronique gothique qui somnambule comme un zombie kabuki, les ambiances anthracites de la sorcière suédoise (grimée comme une bisonne futée pendant une partie du concert) se pare sur scène d'une théâtralité mystifiante (lampions à l'éclairage intermittent, plancher nuageux, musiciens ombragés comme les spectres, rais omniscients), mais pas tant.

Notamment sabordé par le dézingage d'une partie du matériel diablotin pendant la traversée jusqu'à Rennes, les faisceaux de lumière verdâtre inondent sans immerger, et la religiosité ambiante augmentée par la tonne d'artifices magnétise plus par automatisme que par réel engouement. Heureusement, le chant purement incantatoire de la moitié de The Knife est à la hauteur des sommets d'obsession à contempler sur Fever Ray, et le tour de magie noire a tout de même lieu, mais pas à la hauteur de nos tragiques espérances. C'était pas si mortel que ça, finalement.
> Aeroplane* - Hall 9, 01h30.

> Major Lazer - Hall 4, 01h30.

Vous voyez ces clips gorgés de stupre ? Eh bien, sur la scène du hall 4, c’était pareil. Une énorme orgie dancehall pas finaude pour un sou, mais terriblement sudatoire. Même Jessie Evans, qui jouait un peu plus tôt dans un hall voisin, en a oublié toute réserve pour monter sur les planches et venir gigoter comme une damnée au milieu d'un parterre de jeunes filles échaudées qui n'avaient d'yeux que pour le MC Djibril Cissé du crew dépravé, quand le prince Diplo surplombait allègrement la zone érogène avec ses machines. Aux dernières nouvelles, on en connaît qui ont pris cher dans les coulisses.


* On a pas pu voir, mais il paraît que c'était pas trop mal.
1 réaction réagir
Hé, hé Rachael Hughes n'était pas à Rennes malheureusement...on entend dire même qu'elle a quitté le groupe...snif